Nicolas LE MASSON
(?-?)
Premier poème en ligne :
1606 : Toujours époint…
 
Ouvrir sur Gallica :
1 sonnet :






 
Nicolas LE MASSON, 1608
 

à
TRÈS-HAUTE
ET TRÈS-PUISSANTE
dame Marie de Médicis

Reine de France et de
Navarre
.

M ADAME,
Je me pré­sente aux pieds de votre Ma­jes­té à la fa­çon de ces jeunes Spar­tiates de l’an­ti­qui­té, qui étant éle­vés en se­cret, et fa­çon­nés en des Aca­dé­mies éloi­gnées des yeux de leurs pa­rents, ne pa­rais­saient ja­mais de­vant leurs faces, que tout pre­miè­re­ment ils n’eussent fait voir en pu­blic des actes ver­tueux, dignes de leur jeu­nesse, et ca­pables de les faire avouer et re­con­naître pour en­fants. Vous êtes la mère com­mune de tous vos peuples et su­jets, qui gé­né­ra­le­ment et en par­ti­cu­lier vous ho­norent, craignent et ché­rissent. Comme un de vos en­fants j’étais ins­truit, et m’en­sei­gnais moi-même en votre absence, dé­si­reux de pro­duire quelque bel effet, qui me pût appro­cher de vous. Ces vers que je vous offre sont les signes et marques que je suis vôtre : mon jeune âge les a con­çus, après qu’un beau des­sein de vous les dé­dier, fut cause de leur con­cep­tion. Si c’est té­mé­ri­té que de les ha­sar­der à la lu­mière : il me semble que ce se­rait une trop grande lâ­che­té de les aban­don­ner en leur nais­sance. Je vois bien à la vé­ri­té que c’est un image im­par­fait, un ta­bleau manque, et une com­po­si­tion muette. Mais comme on dit que la fi­gure de Mem­non œilla­dée et fa­vo­ri­sée du So­leil, pous­sait di­vi­ne­ment hors de son esto­mac de pierre, une har­mo­nie si bien com­pas­sée, et des tons si dé­li­cieux, que par mi­racles ils amas­saient les cœurs, et tous les sens des au­di­teurs, pour les cap­ti­ver en l’oreille[1] : ainsi vous, qui à juste titre pos­sé­dez ce beau nom de So­leil de la France, ou plu­tôt de tout l’uni­vers, si­tôt qu’un petit rai de votre œil admi­rable se sera éten­du sur mon ouvrage ina­ni­mé, je m’as­sure qu’il élan­ce­ra des pa­roles me­su­rées, et ti­re­ra son accom­plis­se­ment et sa per­fec­tion de votre belle vue, fai­sant croître une vo­lon­té de ti­rer ci-après de sem­blables por­traits, et pos­sible de ma­tière plus riche, pour avoir la forme de vous, à celui qui ja­mais n’eut un plus beau dé­sir que ce­lui d’être pour tou­jours,

Madame,

Votre très humble,
très affectionné et
très obéissant ser-
viteur,
   N. Le Masson.

De Mantes ce 4 juin 1608.

Nicolas LE MASSON,
Les premières Œuvres, 1608,
Épître, ff. *2r°-*3r°
[Gallica, ark:/12148/bpt6k118191d, PDF_7_9]
(texte modernisé).


________

Notes

[1] Comparer avec le second com­pli­ment de Tho­mas Dia­foi­rus dans Le Ma­lade ima­gi­naire, II, 5.



 
 




En ligne le 02/07/26.
Dernière révision le 02/07/26.