Francesco PETRARCA (1304-1374)
Dolci ire… (Canz., 205)
Lyon, Jean de Tournes, 1545, pp. 175-176 [←Gallica].

Dolci ire, dolci sdegni, e dolci paci,
Dolce mal, dolce affanno, e dolce peso,
Dolce parlar, e dolcemente inteso,
Hor di dolce ora, hor pien di dolci faci.

Alma, non ti lagnar, ma soffra, e taci,
E tempra il dolce amaro, che n’hà offeso,
Col dolce honor, che d’amar quella hai preso,
A cu’io dissi, tu sola mi piaci.

Forse anchor fia, chi sospirando dica
Tinto di dolce inuidia, Assai sostenne
Per bellissimo Amor quest’al suo tempo.

Altri: O fortuna a gliocchi miei nemica:
Perche non la vid’io? perche non venne
Ella piu tardi, ouer io piu per tempo?

Avignon, B. Bonhomme, 1555, I, CXXV, pp. 124-125 [←Gallica].

Ô doux dédains, doux débats, douces paix,
Doux mal et peine, et doux pleur répandu,
Et doux parler, doucement entendu,
Qui d’un doux vent et doux feu me repais :

Ne plains plus âme, ains endure, et te tais,
Trempant le doux d’amertume offendu,
Avec l’honneur, que celle t’a rendu,
À qui je dis, sans autre tu me plais.

Quelqu’un (peut-être) un jour de nous dira :
Un vrai amour cestui-ci martyra,
L’autre, ô fortune envieuse à mes yeux !

Que n’ai-je vu ce beau divin regard ?
Que n’ai-je été, ô mes ans ennuyeux,
Plus tôt au monde ? ou donc elle plus tard ?

Lyon, Jean de Tournes, 1549, pp. 43-44 [←Gallica].

Doux de ces yeux le trait, qui me foudroie :
Douce l’ardeur d’un tel feu allumée :
Doux le désir de chose tant aimée :
Et doux l’espoir de tant heureuse proie.

Douce l’erreur, qui veut que je me croie
Contre le vrai : et douce la fumée
Du songe faux, aussitôt consumée,
Que le dormir brèvement le m’octroie.

Doux les dédains, douce peine soufferte
En bien aimant, mais ô très douce perte
De liberté pour son ingratitude.

Le grand Romain, qui aima mieux s’occire,
Que vivre serf, ne craindrait pas d’élire
Sous si doux joug si douce servitude.

Paris, veuve Maurice de La Porte, 1552, p. 24 [←Gallica].

Doux fut le trait, qu’amour hors de sa trousse,
Pour me tuer me tira doucement,
Quand je fus pris au doux commencement
D’une douceur si doucettement douce.

Doux est son ris, et sa voix qui me pousse
L’âme du corps, pour errer lentement,
Devant son chant marié gentement
Avec mes vers animés de son pouce.

Telle douceur de sa voix coule à bas,
Que sans l’ouïr vraiment on ne sait pas,
Comme en ses rets amour nous encordelle.

Sans l’ouïr dis-je amour même enchanter,
Doucement rire, et doucement chanter,
Et moi mourir doucement auprès d’elle.

Paris, André Wechel, 1555, livre II, f° 64r° [←Gallica].

Doux dédain, douce paix qu’un doux courroux amène,
Doux regard, doux maintien, doux parler, beauté douce,
Doux trait, que dans mon cœur Amour doucement pousse,
Douceur, du doux brasier de l’amour, toute pleine.

Âme défâche-toi, cesse ta plainte vaine,
Et plus contre ton heur folle ne te courrouce,
Mais remercie Amour, qui choisit dans sa trousse,
Le trait, qui d’un doux coup te tient en douce peine.

Peut-être, un jour quelqu’un piqué de douce envie
En soupirant dira : Qu’en une douce flamme
D’une très douce amour, cet homme usa sa vie !

Ô beauté seul honneur de la race mortelle,
(Dira l’autre) pourquoi du temps de cette dame
Ne naquis-je, ou pour quoi du mien ne naquit-elle !

Les Œuvres poétiques, Les Amours de Rosine,
Paris, Gilles Beys, 1581, livre I, f° 20r° [←Gallica].

Ô doux dédain, doux feu, douce bataille,
Doux désespoir, pleurs versés doucement,
Gentil parler entendu gentiment,
Qui me guerroie et d’estoc, et de taille.

Ô doux travaux, doux mal, douce tenaille,
Douces amours, doux souci, doux tourment,
Douce rigueur douce cruellement,
Douce beauté que ma Clion émaille.

Ô doux liens, ô douce cruauté,
Douce langueur, douce captivité,
Doux chants, doux ris, doux cheveux mon dommage,

Tout ce qui vient de vous est doucereux,
Hormis, mon Cœur, la clarté de vos yeux,
Vos yeux tyrans du plus beau de mon âge.

Gramont, Ô douces colères… (1842)   ↓   ↑   ⇑  →t.o.
Poésies de Pétrarque, « Du vivant de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet CLXXII, p. 140 [←Gallica].

il se féli­cite de ses tourments.

Ô douces colères, doux dédains et douces trêves, doux mal, doux tour­ment et doux far­deau, pa­roles douces et dou­ce­ment en­ten­dues, pleine tan­tôt d’une douce fraî­cheur, tan­tôt de douces flammes !

Ô mon âme, ne te la­mente pas, mais souffre en si­len­ce et tem­père la douce amer­tume qui nous a ou­tra­gés, en pen­sant à la douce gloire que tu as d’ai­mer celle à qui j’ai dit : Toi seule me charmes.

Peut-être se trou­ve­ra-t-il quel­qu’un qui, ému d’une douce envie, dira en sou­pi­rant : Celui-ci en son temps a beau­coup souf­fert pour avoir si bien aimé.

Un autre dira : Ô For­tune à mes yeux con­traire ! pour­quoi n’ai-je pu la voir ? pour­quoi n’est-elle pas venue plus tard, ou pour­quoi ne suis-je pas né plus tôt ?

























Avignon, B. Bonhomme, 1555, I, CXXV, pp. 124-125 [←Gallica].

Ô doux dédains, doux débats, douces paix,
Doux mal et peine, et doux pleur répandu,
Et doux parler, doucement entendu,
Qui d’un doux vent et doux feu me repais :

Ne plains plus âme, ains endure, et te tais,
Trempant le doux d’amertume offendu,
Avec l’honneur, que celle t’a rendu,
À qui je dis, sans autre tu me plais.

Quelqu’un (peut-être) un jour de nous dira :
Un vrai amour cestui-ci martyra,
L’autre, ô fortune envieuse à mes yeux !

Que n’ai-je vu ce beau divin regard ?
Que n’ai-je été, ô mes ans ennuyeux,
Plus tôt au monde ? ou donc elle plus tard ?

Lyon, Jean de Tournes, 1549, pp. 43-44 [←Gallica].

Doux de ces yeux le trait, qui me foudroie :
Douce l’ardeur d’un tel feu allumée :
Doux le désir de chose tant aimée :
Et doux l’espoir de tant heureuse proie.

Douce l’erreur, qui veut que je me croie
Contre le vrai : et douce la fumée
Du songe faux, aussitôt consumée,
Que le dormir brèvement le m’octroie.

Doux les dédains, douce peine soufferte
En bien aimant, mais ô très douce perte
De liberté pour son ingratitude.

Le grand Romain, qui aima mieux s’occire,
Que vivre serf, ne craindrait pas d’élire
Sous si doux joug si douce servitude.

Paris, veuve Maurice de La Porte, 1552, p. 24 [←Gallica].

Doux fut le trait, qu’amour hors de sa trousse,
Pour me tuer me tira doucement,
Quand je fus pris au doux commencement
D’une douceur si doucettement douce.

Doux est son ris, et sa voix qui me pousse
L’âme du corps, pour errer lentement,
Devant son chant marié gentement
Avec mes vers animés de son pouce.

Telle douceur de sa voix coule à bas,
Que sans l’ouïr vraiment on ne sait pas,
Comme en ses rets amour nous encordelle.

Sans l’ouïr dis-je amour même enchanter,
Doucement rire, et doucement chanter,
Et moi mourir doucement auprès d’elle.

Paris, André Wechel, 1555, livre II, f° 64r° [←Gallica].

Doux dédain, douce paix qu’un doux courroux amène,
Doux regard, doux maintien, doux parler, beauté douce,
Doux trait, que dans mon cœur Amour doucement pousse,
Douceur, du doux brasier de l’amour, toute pleine.

Âme défâche-toi, cesse ta plainte vaine,
Et plus contre ton heur folle ne te courrouce,
Mais remercie Amour, qui choisit dans sa trousse,
Le trait, qui d’un doux coup te tient en douce peine.

Peut-être, un jour quelqu’un piqué de douce envie
En soupirant dira : Qu’en une douce flamme
D’une très douce amour, cet homme usa sa vie !

Ô beauté seul honneur de la race mortelle,
(Dira l’autre) pourquoi du temps de cette dame
Ne naquis-je, ou pour quoi du mien ne naquit-elle !

Les Œuvres poétiques, Les Amours de Rosine,
Paris, Gilles Beys, 1581, livre I, f° 20r° [←Gallica].

Ô doux dédain, doux feu, douce bataille,
Doux désespoir, pleurs versés doucement,
Gentil parler entendu gentiment,
Qui me guerroie et d’estoc, et de taille.

Ô doux travaux, doux mal, douce tenaille,
Douces amours, doux souci, doux tourment,
Douce rigueur douce cruellement,
Douce beauté que ma Clion émaille.

Ô doux liens, ô douce cruauté,
Douce langueur, douce captivité,
Doux chants, doux ris, doux cheveux mon dommage,

Tout ce qui vient de vous est doucereux,
Hormis, mon Cœur, la clarté de vos yeux,
Vos yeux tyrans du plus beau de mon âge.

Gramont, Ô douces colères… (1842)   ↓   ↑   ⇑  →t.o.
Poésies de Pétrarque, « Du vivant de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet CLXXII, p. 140 [←Gallica].

il se féli­cite de ses tourments.

Ô douces colères, doux dédains et douces trêves, doux mal, doux tour­ment et doux far­deau, pa­roles douces et dou­ce­ment en­ten­dues, pleine tan­tôt d’une douce fraî­cheur, tan­tôt de douces flammes !

Ô mon âme, ne te la­mente pas, mais souffre en si­len­ce et tem­père la douce amer­tume qui nous a ou­tra­gés, en pen­sant à la douce gloire que tu as d’ai­mer celle à qui j’ai dit : Toi seule me charmes.

Peut-être se trou­ve­ra-t-il quel­qu’un qui, ému d’une douce envie, dira en sou­pi­rant : Celui-ci en son temps a beau­coup souf­fert pour avoir si bien aimé.

Un autre dira : Ô For­tune à mes yeux con­traire ! pour­quoi n’ai-je pu la voir ? pour­quoi n’est-elle pas venue plus tard, ou pour­quoi ne suis-je pas né plus tôt ?

























textes modernisés
[R]

 

En ligne le 14/02/16.
Dernière révision le 30/10/20.