Francesco PETRARCA (1304-1374)
Lyon, Jean de Tournes, 1545, pp. 184-185 [←Gallica].

Gratie, ch’a pochi’l Ciel largo destina:
Rara virtu, non già d’humana gente,
Sotto biondi capei canuta mente
E’n humil donna alta belta diuina:

Leggiadria singulare e pellegrina,
E’l cantar, che ne l’anima si sente,
L’andar celeste, e’l vago spirto ardente,
Ch’ogni dur rompe, & ogni altezza inchina,

E quei begliocchi, che i cor fanno smalti,
Possenti a rischiarar abisso e notti,
E torre l’alme a corpi, e darle altrui,

Col dir pien d’intelletti dolci & alti,
Co i sospir soauemente rotti:
Da questi Magi trasformato fui.

Avignon, B. Bonhomme, 1555, I, CXXVIII, p. 126 [←Gallica].

Grâces qu’à peu le ciel large destine,
Rare vertu, et façon non humaine,
Sous cheveux d’or tête chenue et saine,
En humble dame une beauté divine,

Délibérée et façon pérégrine,
Chant singulier plus doux que de Sirène,
Marcher céleste, et l’âme d’ardeur pleine,
Qui fend les rocs, et les hauts monts incline :

Les yeux pouvant enclumes amollir,
Et les abys de lumières remplir
Et transmuer d’un corps en autre l’âme :

Propos remplis de spirituelle flamme,
Et les soupirs rompus suavement,
Tels enchanteurs font de moi changement.

Paris, veuve Maurice de La Porte, 1552, p. 14 [←Gallica].

Un chaste feu qui les cœurs illumine,
Un or frisé de maint crêpe annelet,
Un front de rose, un teint damoiselet,
Un ris qui l’ame aux astres achemine.

Une vertu de telles beautés digne,
Un col de neige, une gorge de lait,
Un cœur jà mûr dans un sein verdelet,
En dame humaine une beauté divine.

Un œil puissant de faire jours les nuits,
Une main forte à piller les ennuis,
Qui tient ma vie en ses doigts enfermée :

Avec un chant offensé doucement
Ore d’un ris, or d’un gémissement :
De tels sorciers ma raison fut charmée.

Paris, veuve M. de La Porte, 1552, livre I, p. 27 [←Gallica].

Haute beauté dans une humble pucelle,
Un beau parler plein de grave douceur,
Sous blonds cheveux un avant-chenu cœur,
Un chaste sein où la vertu se cèle :

En corps mortel une grâce immortelle,
En douceur fière une douce rigueur,
En sage esprit une gaye vigueur,
En âme simple une sage cautèle :

Et ces beaux yeux mouveurs de mes ennuis,
Yeux suffisants pour éclaircir les nuits,
Qui font sentir aux plus transis leur flamme,

Sont les larrons (et point je ne m’en deulx)
Qui, me guettant au passage amoureux,
Au dépourvu me ravirent mon âme.

Anvers, Chr. Plantin, 1583, La Marguerite, I, p. 805 [←Gallica].

Beauté céleste en une Fille humaine,
Un vif esprit de sagesse pourvu,
Un brillant œil, où mon Tyran j’ai vu,
Un ris mignard qui l’âme aux Astres mène.

Une vertu divinement hautaine,
Un doux refus à qui j’offre maint vœu,
Une fierté qu’on sert à son aveu,
Et qui mes yeux fait sourcer en fontaine.

Un sein ému d’un animé soupir,
Un chant qui peut toute peine assoupir,
Une main propre à ravir les pensées.

Un vain espoir, un emmiellé parler,
Un grave port, un pas ferme au baler :
Ont par destin mes amours commencées.

Gramont, Des dons que le ciel… (1842)   ↓   ↑   ⇑  →t.o.
Poésies de Pétrarque, « Du vivant de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet CLXXVIII, p. 147 [←Gallica].

les charmes de sa dame sont supé­rieurs à tout

Des dons que le ciel ne pro­digue qu’à peu de monde, une rare ver­tu qui n’est plus dans la na­ture hu­maine, un esprit du vieil âge sous une blonde che­ve­lure, et dans une mo­deste dame une haute et di­vine beau­té ;

Une grâce sin­gu­lière et toute nou­velle, et le chant qu’on sent jus­que dans l’âme ; la cé­leste dé­marche, et le souffle char­mant et ar­dent qui amol­lit toute du­re­té et abaisse tout or­gueil.

Et ces beaux yeux qui changent les cœurs en ro­cher, et qui peuvent éclai­rer l’abîme et les té­nèbres, et enle­ver l’âme aux corps pour la don­ner à d’autres.

Tels sont, avec les paroles rem­plies de sens doux et éle­vés, avec les sou­pirs déli­cieu­se­ment inter­rom­pus, les magi­ciens qui m’ont mé­ta­mor­pho­sé.

























Avignon, B. Bonhomme, 1555, I, CXXVIII, p. 126 [←Gallica].

Grâces qu’à peu le ciel large destine,
Rare vertu, et façon non humaine,
Sous cheveux d’or tête chenue et saine,
En humble dame une beauté divine,

Délibérée et façon pérégrine,
Chant singulier plus doux que de Sirène,
Marcher céleste, et l’âme d’ardeur pleine,
Qui fend les rocs, et les hauts monts incline :

Les yeux pouvant enclumes amollir,
Et les abys de lumières remplir
Et transmuer d’un corps en autre l’âme :

Propos remplis de spirituelle flamme,
Et les soupirs rompus suavement,
Tels enchanteurs font de moi changement.

Paris, veuve Maurice de La Porte, 1552, p. 14 [←Gallica].

Un chaste feu qui les cœurs illumine,
Un or frisé de maint crêpe annelet,
Un front de rose, un teint damoiselet,
Un ris qui l’ame aux astres achemine.

Une vertu de telles beautés digne,
Un col de neige, une gorge de lait,
Un cœur jà mûr dans un sein verdelet,
En dame humaine une beauté divine.

Un œil puissant de faire jours les nuits,
Une main forte à piller les ennuis,
Qui tient ma vie en ses doigts enfermée :

Avec un chant offensé doucement
Ore d’un ris, or d’un gémissement :
De tels sorciers ma raison fut charmée.

Paris, veuve M. de La Porte, 1552, livre I, p. 27 [←Gallica].

Haute beauté dans une humble pucelle,
Un beau parler plein de grave douceur,
Sous blonds cheveux un avant-chenu cœur,
Un chaste sein où la vertu se cèle :

En corps mortel une grâce immortelle,
En douceur fière une douce rigueur,
En sage esprit une gaye vigueur,
En âme simple une sage cautèle :

Et ces beaux yeux mouveurs de mes ennuis,
Yeux suffisants pour éclaircir les nuits,
Qui font sentir aux plus transis leur flamme,

Sont les larrons (et point je ne m’en deulx)
Qui, me guettant au passage amoureux,
Au dépourvu me ravirent mon âme.

Anvers, Chr. Plantin, 1583, La Marguerite, I, p. 805 [←Gallica].

Beauté céleste en une Fille humaine,
Un vif esprit de sagesse pourvu,
Un brillant œil, où mon Tyran j’ai vu,
Un ris mignard qui l’âme aux Astres mène.

Une vertu divinement hautaine,
Un doux refus à qui j’offre maint vœu,
Une fierté qu’on sert à son aveu,
Et qui mes yeux fait sourcer en fontaine.

Un sein ému d’un animé soupir,
Un chant qui peut toute peine assoupir,
Une main propre à ravir les pensées.

Un vain espoir, un emmiellé parler,
Un grave port, un pas ferme au baler :
Ont par destin mes amours commencées.

Gramont, Des dons que le ciel… (1842)   ↓   ↑   ⇑  →t.o.
Poésies de Pétrarque, « Du vivant de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet CLXXVIII, p. 147 [←Gallica].

les charmes de sa dame sont supé­rieurs à tout

Des dons que le ciel ne pro­digue qu’à peu de monde, une rare ver­tu qui n’est plus dans la na­ture hu­maine, un esprit du vieil âge sous une blonde che­ve­lure, et dans une mo­deste dame une haute et di­vine beau­té ;

Une grâce sin­gu­lière et toute nou­velle, et le chant qu’on sent jus­que dans l’âme ; la cé­leste dé­marche, et le souffle char­mant et ar­dent qui amol­lit toute du­re­té et abaisse tout or­gueil.

Et ces beaux yeux qui changent les cœurs en ro­cher, et qui peuvent éclai­rer l’abîme et les té­nèbres, et enle­ver l’âme aux corps pour la don­ner à d’autres.

Tels sont, avec les paroles rem­plies de sens doux et éle­vés, avec les sou­pirs déli­cieu­se­ment inter­rom­pus, les magi­ciens qui m’ont mé­ta­mor­pho­sé.

























textes modernisés
[R]

 

En ligne le 21/10/18.
Dernière révision le 30/10/20.