Francesco PETRARCA (1304-1374)
O passi sparsi… (Canz., 161)
Lyon, Jean de Tournes, 1545, pp. 151-152 [←Gallica].

Ò passi sparsi, ò pensier vaghi, e pronti,
Ò tenace memoria, ò fiero ardore,
Ò possente desire, ò debil core,
Ò occhi miei, occhi non già, ma fonti.

Ò fronde, honor de le famose fronti,
Ò sola insegna al gemino valore,
Ò faticosa vita, ò dolce errore,
Che mi fat’ir cercando piagge, e monti,

Ò bel viso, ou’Amor insieme pose
Gli sproni, e’lfreno, ond’ê mi punge, e volue,
Com’a lui piace, e calcitrar non vale,

Ò anime gentili, & amorose,
S’alcuna hà’l mondo, e voi nude ombre, e polue,
Deh restate a veder, qualè’l mio male.

Paris, Gilles Corrozet, 1539, sonnet 2, [pp. 3-4] [←Gallica].

Ô Pas épars, ô pensées soudaines,

Ô âpre ardeur, ô mémoire tenante,
Ô cœur débile, ô volonté puissante,
Ô vous mes yeux, non plus yeux mais fontaines.

Ô branche honneur des vainqueurs capitaines,
Ô seule enseigne aux poètes duisante,
Ô douce erreur, qui sous vie cuisante,
Me fait aller cherchant et monts et plaines,

Ô beau visage où amour met la bride,
Et l’éperon, dont il me point et guide,
Comme il lui plaît, et défense y est vaine,

Ô gentils cœurs et âmes amoureuses,
S’il en fut onc, et vous ombres peureuses
Arrêtez-vous, pour voir quelle est ma peine.

Gesualdo, O viva fiamma… (1549)   →   ↓   ↑   ⇑  →t.o.
Venise, Gabriel Giolito, 1549, p. 32 [←Gallica].

O uiua fiamma , o miei sospiri ardenti ,
O miserabil duol , o spirti lassi ,
O pensier d’ogni speme ignudi & cassi ,
O strali nel mio cor fieri & pungenti ;

O bei desir de l’honorate menti ,
O uane imprese , o dolorosi passi ,
O selue , o piaggie , o fonti , o fiumi , o sassi ,
O spietata cagion de miei tormenti :

O gloriosi allori , o uerdi mirti ,
O luogo un tempo à me dolce , & giocondo ,
Oue io gia sparsi dilettoso canto ;

O uoi leggiadri & amorosi spirti ,
S’alcun uiue qua giu nel basso mondo ,
Pieta ui prenda del mio acerbo pianto .

Paris, Arnoul L’Angelier, 1549, sonnet XLVIII, f° B7r° [←Gallica].

Ô faible Esprit, chargé de tant de peines,
Que ne veux-tu sous la Terre descendre ?
Ô Cœur ardent, que n’es-tu mis en cendre ?
Ô tristes yeux, que n’êtes-vous fontaines ?

Ô bien douteux ! ô peines trop certaines !
Ô doux savoir, trop amer à comprendre !
Ô Dieu, qui fais, que tant j’ose entreprendre,
Pourquoi rends-tu mes entreprises vaines ?

Ô jeune Archer, Archer, qui n’as point d’yeux,
Pourquoi si droit as-tu pris ta visée ?
Ô vif flambeau, qui embrases les Dieux,

Pourquoi as-tu ma froideur attisée ?
Ô face d’Ange ! ô cœur de Pierre dure !
Regarde au moins le tourment, que j’endure.

Paris, veuve Maurice de La Porte, 1552, p. 77 [←Gallica].

Ô traits fichés dans le but de mon âme,
Ô folle emprise, ô pensers repensés,
Ô vainement mes jeunes ans passés,
Ô miel, ô fiel, dont me repaît Madame.

Ô chaud, ô froid, qui m’englace et m’enflamme,
Ô prompts désirs d’espérance cassés,
Ô douce erreur, ô pas en vain tracés,
Ô monts, ô rocs, que ma douleur entame.

Ô Terre, ô mer, chaos, destins et cieux,
Ô nuit, ô jour, ô Mânes stygieux,
Ô fière ardeur, ô passion trop forte :

Ô vous Démons, et vous divins Esprits,
Si quelque amour quelquefois vous a pris,
Voyez pour Dieu quelle peine je porte.

Paris, André Wechel, 1555, livre II, f° 44r° [←Gallica].

Ô pas en vain perdus ! ô espérances vaines !
Ô trop puissant désir ! ô par trop faible cœur !
Ô trop flatteuse amour ! ô trop âpre langueur !
Ô mes yeux, non plus yeux, mais de pleurs deux fontaines !

Ô soulas peu certains, tristesses trop certaines !
Ô pour si claire foi, trop aveugle rigueur !
Ô grâces, ô beautés, dont la belle vigueur
En vigueur entretient toujours fraîches mes peines !

Ô souhaits, ô soupirs, ô pensers, ô regrets !
Ô prés, campagnes, eaux, ô roches, ô forêts !
Ô déesses, ô dieux, de la terre et de l’onde.

Ô ciel, ô terre, ô mer ! ô dieu qui luis le jour,
Déesse qui la nuit, voyez-vous autre amour
Qui fasse qu’en Amant tant de tristesse abonde ?

Lyon, Jean de Tournes, 1555, Sonnets, III, p. 113 [←Gallica].

Ô longs désirs, ô espérances vaines,
Tristes soupirs et larmes coutumières
À engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources et fontaines :

Ô cruautés, ô durtés inhumaines,
Piteux regards des célestes lumières :
Du cœur transi ô passions premières,
Estimez-vous croître encore mes peines ?

Qu’encor Amour sur moi son arc essaie,
Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards :
Qu’il se dépite, et pis qu’il pourra fasse :

Car je suis tant navrée en toutes parts,
Que plus en moi une nouvelle plaie,
Pour m’empirer ne pourrait trouver place.

Paris, Vincent Sertenas, 1555, Sonnets, f° 9r°v° [←Gallica].

Ô sot désir trop vainement perdu,
Ô lourd discours d’une vague pensée,
Ô espérance en rien récompensée,
Ô temps volage à crédit dépendu,

Ô âme, ô sens pour néant éperdu,
Ô foi par moi trop follement jurée,
Ô liberté sans profit conjurée,
Ô frêle bien longuement attendu,

Ô cieux cruels, ô grossière nature,
Ô fier destin, ô perverse influence,
Ô plaie étrange, ô étrange pointure,

Ô peu d’esprit, ô peu de connaissance,
Si ce bien-là pour qui ce mal j’endure
S’évanouit dès lors de sa naissance.

Tragédie de Pharaon, Sonnets sur son Angélique,
Paris, Nicolas Bonfons, 1576, f° F3r° [←Gallica].

Ô pas épars, ô penser vagabond,
Ô souvenir constant, ô fière ardeur,
Ô fort désir, ô imbécile cœur,
Ô mes yeux, yeux non, mais fontaines sont.

Ô Dame, qui me fais hausser le front,
Ô seule enseigne au Poétique cœur,
Ô vie trop peineuse, ô doux erreur,
Qu’aller me fais par plaines et par mont.

Ô beau regard auquel l’amour a mis
L’épron, et frein, dont il me tourne, et pique,
Comme il lui plaît, sans pouvoir résister.

Ô vous gentils, et amoureux esprits,
Vous ombres ? qu’on voit par le monde errer,
Voyez l’ennui que me donne Angélique.

Paris, Abel L’Angelier, 1578, Amours, LXII, f° 48v° [←Gallica].

Ô vive et sainte flamme, ô mes soupirs ardents,
Ô misérable deuil, ô folle outrecuidance,
Ô pensers dénués de leur longue espérance,
Ô traits qui dans mon cœur devenez plus cuisants :

Ô divines beautés sources de mes tourments,
Ô beaux désirs vainqueurs de ma jeune constance,
Ô bel astre ascendant de ma triste naissance,
Ô sœurs qui dévidez le filet de mes ans :

Ô fleuves, ô forêts, ô déserts, ô fontaines,
Ô beaux lieux où jadis je soulageais mes peines,
Ô Myrtes, ô Lauriers, ô gracieux appâts :

Ô Mânes qui errez parmi l’ombre éternelle,
Si quelque souvenir reste après le trépas,
Au moins prenez pitié de ma douleur cruelle.

Anvers, Ch. Plantin, 1583, La Marguerite, I, p. 778 [←Gallica].

Ô guerre, ô paix, ô prise, ô délivrance,
Ô clair Titan, ô Lune, ô feux divers,
Ô jour, ô nuit, ô cris, ô Lyre, ô vers,
Ô pas, ô soins, ô peur, ô assurance.

Ô faux espoirs, ô désir, ô souffrance,
Ô braise, ô glace, ô sort, ô maux pervers,
Ô pleurs, ô ris, ô pensements ouverts,
Ô joie, ô deuil, ô trompeuse apparence.

Ô gens, ô champs, ô bois, ô gais Oiseaux,
Ô drus Poissons, ô fleuves, ô ruisseaux,
Ô prés, ô fleurs, ô rocs, ô monts, ô plaines.

Ô froid, ô chaud, ô mer, ô terre, ô Cieux,
Ô vous Démons, ô Chaos Stygieux :
Voyez pour Dieu le comble de mes peines !

Gramont, Ô pas épars… (1842)   ↓   ↑   ⇑  →t.o.
Poésies de Pétrarque, « Du vivant de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet CXXVIII, p. 118 [←Gallica].

il est le plus malheureux des amants.

Ô pas épars ; ô pen­sers errants et fu­gi­tifs ; ô te­nace mé­moire ; ô cruelle ardeur ; ô puis­sants dé­sirs ; ô faible cœur ; ô mes yeux, qui n’êtes plus des yeux, mais des fon­taines ;

Ô feuil­lage, hon­neur des illustres fronts, en­seigne unique que suit la double va­leur ; ô pé­nible exis­tence, ô douce erreur, qui me faites par­cou­rir les plaines et les monts ;

Ô visage char­mant où l’Amour a pla­cé à la fois les épe­rons et le frein dont il me pique et me di­rige comme il lui plaît, sans qu’il serve à rien de re­gim­ber ;

Ô nobles âmes amou­reuses, s’il en est en­core au monde, et vous, ombres nues dont les corps sont de­ve­nus pous­sière, arrê­tez-vous de grâce, et voyez quels maux sont les miens.

























Paris, Gilles Corrozet, 1539, sonnet 2, [pp. 3-4] [←Gallica].

Ô Pas épars, ô pensées soudaines,

Ô âpre ardeur, ô mémoire tenante,
Ô cœur débile, ô volonté puissante,
Ô vous mes yeux, non plus yeux mais fontaines.

Ô branche honneur des vainqueurs capitaines,
Ô seule enseigne aux poètes duisante,
Ô douce erreur, qui sous vie cuisante,
Me fait aller cherchant et monts et plaines,

Ô beau visage où amour met la bride,
Et l’éperon, dont il me point et guide,
Comme il lui plaît, et défense y est vaine,

Ô gentils cœurs et âmes amoureuses,
S’il en fut onc, et vous ombres peureuses
Arrêtez-vous, pour voir quelle est ma peine.

 ←  Gesualdo, O viva fiamma… (1549)   ↓   ↑   ⇑  →t.o.
Venise, Gabriel Giolito, 1549, p. 32 [←Gallica].

O uiua fiamma , o miei sospiri ardenti ,
O miserabil duol , o spirti lassi ,
O pensier d’ogni speme ignudi & cassi ,
O strali nel mio cor fieri & pungenti ;

O bei desir de l’honorate menti ,
O uane imprese , o dolorosi passi ,
O selue , o piaggie , o fonti , o fiumi , o sassi ,
O spietata cagion de miei tormenti :

O gloriosi allori , o uerdi mirti ,
O luogo un tempo à me dolce , & giocondo ,
Oue io gia sparsi dilettoso canto ;

O uoi leggiadri & amorosi spirti ,
S’alcun uiue qua giu nel basso mondo ,
Pieta ui prenda del mio acerbo pianto .

Paris, Arnoul L’Angelier, 1549, sonnet XLVIII, f° B7r° [←Gallica].

Ô faible Esprit, chargé de tant de peines,
Que ne veux-tu sous la Terre descendre ?
Ô Cœur ardent, que n’es-tu mis en cendre ?
Ô tristes yeux, que n’êtes-vous fontaines ?

Ô bien douteux ! ô peines trop certaines !
Ô doux savoir, trop amer à comprendre !
Ô Dieu, qui fais, que tant j’ose entreprendre,
Pourquoi rends-tu mes entreprises vaines ?

Ô jeune Archer, Archer, qui n’as point d’yeux,
Pourquoi si droit as-tu pris ta visée ?
Ô vif flambeau, qui embrases les Dieux,

Pourquoi as-tu ma froideur attisée ?
Ô face d’Ange ! ô cœur de Pierre dure !
Regarde au moins le tourment, que j’endure.

Paris, veuve Maurice de La Porte, 1552, p. 77 [←Gallica].

Ô traits fichés dans le but de mon âme,
Ô folle emprise, ô pensers repensés,
Ô vainement mes jeunes ans passés,
Ô miel, ô fiel, dont me repaît Madame.

Ô chaud, ô froid, qui m’englace et m’enflamme,
Ô prompts désirs d’espérance cassés,
Ô douce erreur, ô pas en vain tracés,
Ô monts, ô rocs, que ma douleur entame.

Ô Terre, ô mer, chaos, destins et cieux,
Ô nuit, ô jour, ô Mânes stygieux,
Ô fière ardeur, ô passion trop forte :

Ô vous Démons, et vous divins Esprits,
Si quelque amour quelquefois vous a pris,
Voyez pour Dieu quelle peine je porte.

Paris, André Wechel, 1555, livre II, f° 44r° [←Gallica].

Ô pas en vain perdus ! ô espérances vaines !
Ô trop puissant désir ! ô par trop faible cœur !
Ô trop flatteuse amour ! ô trop âpre langueur !
Ô mes yeux, non plus yeux, mais de pleurs deux fontaines !

Ô soulas peu certains, tristesses trop certaines !
Ô pour si claire foi, trop aveugle rigueur !
Ô grâces, ô beautés, dont la belle vigueur
En vigueur entretient toujours fraîches mes peines !

Ô souhaits, ô soupirs, ô pensers, ô regrets !
Ô prés, campagnes, eaux, ô roches, ô forêts !
Ô déesses, ô dieux, de la terre et de l’onde.

Ô ciel, ô terre, ô mer ! ô dieu qui luis le jour,
Déesse qui la nuit, voyez-vous autre amour
Qui fasse qu’en Amant tant de tristesse abonde ?

Lyon, Jean de Tournes, 1555, Sonnets, III, p. 113 [←Gallica].

Ô longs désirs, ô espérances vaines,
Tristes soupirs et larmes coutumières
À engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources et fontaines :

Ô cruautés, ô durtés inhumaines,
Piteux regards des célestes lumières :
Du cœur transi ô passions premières,
Estimez-vous croître encore mes peines ?

Qu’encor Amour sur moi son arc essaie,
Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards :
Qu’il se dépite, et pis qu’il pourra fasse :

Car je suis tant navrée en toutes parts,
Que plus en moi une nouvelle plaie,
Pour m’empirer ne pourrait trouver place.

Paris, Vincent Sertenas, 1555, Sonnets, f° 9r°v° [←Gallica].

Ô sot désir trop vainement perdu,
Ô lourd discours d’une vague pensée,
Ô espérance en rien récompensée,
Ô temps volage à crédit dépendu,

Ô âme, ô sens pour néant éperdu,
Ô foi par moi trop follement jurée,
Ô liberté sans profit conjurée,
Ô frêle bien longuement attendu,

Ô cieux cruels, ô grossière nature,
Ô fier destin, ô perverse influence,
Ô plaie étrange, ô étrange pointure,

Ô peu d’esprit, ô peu de connaissance,
Si ce bien-là pour qui ce mal j’endure
S’évanouit dès lors de sa naissance.

Tragédie de Pharaon, Sonnets sur son Angélique,
Paris, Nicolas Bonfons, 1576, f° F3r° [←Gallica].

Ô pas épars, ô penser vagabond,
Ô souvenir constant, ô fière ardeur,
Ô fort désir, ô imbécile cœur,
Ô mes yeux, yeux non, mais fontaines sont.

Ô Dame, qui me fais hausser le front,
Ô seule enseigne au Poétique cœur,
Ô vie trop peineuse, ô doux erreur,
Qu’aller me fais par plaines et par mont.

Ô beau regard auquel l’amour a mis
L’épron, et frein, dont il me tourne, et pique,
Comme il lui plaît, sans pouvoir résister.

Ô vous gentils, et amoureux esprits,
Vous ombres ? qu’on voit par le monde errer,
Voyez l’ennui que me donne Angélique.

Paris, Abel L’Angelier, 1578, Amours, LXII, f° 48v° [←Gallica].

Ô vive et sainte flamme, ô mes soupirs ardents,
Ô misérable deuil, ô folle outrecuidance,
Ô pensers dénués de leur longue espérance,
Ô traits qui dans mon cœur devenez plus cuisants :

Ô divines beautés sources de mes tourments,
Ô beaux désirs vainqueurs de ma jeune constance,
Ô bel astre ascendant de ma triste naissance,
Ô sœurs qui dévidez le filet de mes ans :

Ô fleuves, ô forêts, ô déserts, ô fontaines,
Ô beaux lieux où jadis je soulageais mes peines,
Ô Myrtes, ô Lauriers, ô gracieux appâts :

Ô Mânes qui errez parmi l’ombre éternelle,
Si quelque souvenir reste après le trépas,
Au moins prenez pitié de ma douleur cruelle.

Anvers, Ch. Plantin, 1583, La Marguerite, I, p. 778 [←Gallica].

Ô guerre, ô paix, ô prise, ô délivrance,
Ô clair Titan, ô Lune, ô feux divers,
Ô jour, ô nuit, ô cris, ô Lyre, ô vers,
Ô pas, ô soins, ô peur, ô assurance.

Ô faux espoirs, ô désir, ô souffrance,
Ô braise, ô glace, ô sort, ô maux pervers,
Ô pleurs, ô ris, ô pensements ouverts,
Ô joie, ô deuil, ô trompeuse apparence.

Ô gens, ô champs, ô bois, ô gais Oiseaux,
Ô drus Poissons, ô fleuves, ô ruisseaux,
Ô prés, ô fleurs, ô rocs, ô monts, ô plaines.

Ô froid, ô chaud, ô mer, ô terre, ô Cieux,
Ô vous Démons, ô Chaos Stygieux :
Voyez pour Dieu le comble de mes peines !

Gramont, Ô pas épars… (1842)   ↓   ↑   ⇑  o
Poésies de Pétrarque, « Du vivant de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet CXXVIII, p. 118 [←Gallica].

il est le plus malheureux des amants.

Ô pas épars ; ô pen­sers errants et fu­gi­tifs ; ô te­nace mé­moire ; ô cruelle ardeur ; ô puis­sants dé­sirs ; ô faible cœur ; ô mes yeux, qui n’êtes plus des yeux, mais des fon­taines ;

Ô feuil­lage, hon­neur des illustres fronts, en­seigne unique que suit la double va­leur ; ô pé­nible exis­tence, ô douce erreur, qui me faites par­cou­rir les plaines et les monts ;

Ô visage char­mant où l’Amour a pla­cé à la fois les épe­rons et le frein dont il me pique et me di­rige comme il lui plaît, sans qu’il serve à rien de re­gim­ber ;

Ô nobles âmes amou­reuses, s’il en est en­core au monde, et vous, ombres nues dont les corps sont de­ve­nus pous­sière, arrê­tez-vous de grâce, et voyez quels maux sont les miens.

























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En ligne le 14/02/16.
Dernière révision le 01/11/21.