Salomon CERTON
(1552-v. 1620)
Dernier poème en ligne :
1620 : Sans fin les vents émus…

Hardi je parferai

Le style délaissé de ma lettre promise.

 


Salomon Certon,
à Monsieur Dupuy,
avocat en la Cour, 1609

Monsieur,

[…] Si aussi, en vous pro­me­nant, vous trou­vez un Lucre­tius, un Pap. Sta­tius, un Sil. Ita­li­cus, un Horace, un Vir­gile, un Ausone, et un Sene­ca, Tra­gé­dies, in-8°, qui ne soient point trop fri­pés, et d’Alde ou de Colines ou de Rob. Estienne, non d’autres, vous me feriez bien plai­sir à me les avoir à bon mar­ché, ou une par­tie au prix que vous les trou­ve­rez, mais que ce soit en vous ébat­tant, sans autre­ment vous en cru­cier.

Si voyez M. Estienne, que je suis son ser­vi­teur, et à M. Jannon que je lui mets au net mes Leipo­grammes pour les lui por­ter ou envoyer bien­tôt s’il est tou­jours en humeur de les vou­loir avoir. Cela aussi à votre aise, et par ren­contre, sans que vous vous alliez là-haut rompre les genoux et les jambes.

Voilà bien des choses. Plût à Dieu être fait à votre ser­vice comme j’y suis moi. Adieu, Monsieur, mille fois je vous baise les mains. Je suis à jamais,

Monsieur,

Votre plus humble et affec­tion­né ser­vi­teur,

CERTON.

À Gien, ce premier de l’an 1609 en bonne étrenne.

Eugénie Droz, « Salomon Certon et ses amis, sa correspondance »,
Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance,
Travaux et documents, tome II,
Librairie Droz, 1942, pp. 187-188,
Gallica, NUMM-10351, PDF_188_189
(texte modernisé).





Salomon Certon, 1620

AU LECTEUR.

Ce n’a jamais été mon inten­tion de faire im­pri­mer ceci : car il n’a couru et ne court encore que trop de belles fa­daises. Que ce ne l’ait point été, le long temps qu’il y a que la plu­part en est oubliée au fond d’un coffre, le peut assez faire pen­ser, y ayant qua­rante et quatre ans et plus que ces leïpo­grammes et la plu­part du reste ont été bâtis. Et quelques-uns sans reproche en témoi­gne­ront, si le fait était d’impor­tance. La rai­son donc en est, que me trou­vant il y a quelque temps chez défunt mon­sieur Estienne avec quatre ou cinq de mes amis, comme on est tom­bé sur le pro­pos des vers fran­çais, il dit en avoir d’une sorte qu’on n’avait point encore vue, et les vou­lait don­ner au sieur Jannon pour les impri­mer, et lui étant deman­dé quelle, il dit que c’étaient vers leïpo­grammes. Je dis lors, qu’il y avait long­temps que je m’étais adon­né à cette sorte de vers, et que j’avais cru que per­sonne ne l’eût essayée que moi, et sur le champ lui en réci­tai quelques-uns : puis le priant de me mon­trer ceux qu’il avait, je trou­vai que c’était les miens mêmes qu’il disait avoir eus d’un que je ne nom­me­rai pas, pource qu’il est mort, auquel il me sou­vint les avoir prê­tés il y avait fort long­temps. Et com­bien que je priasse ledit sieur Estienne de ne les publier point, pour le peu de fait que c’était, il y per­sis­ta plus pour la nou­veau­té, que pour autre raison qu’il eût (à ce que je crois) de le faire. Je le pres­sai donc de super­cé­der tant que je les eusse revus, avec pro­messe de les lui bail­ler pour en faire à sa volon­té. Ce que j’eusse fait incon­tinent après, sans son décès. Depuis, m’ayant ledit sieur Jannon sol­li­ci­té de ma pro­messe, je m’y laisse empor­ter, les hasar­dant à la mer des humeurs d’un cha­cun. […] Mais pour le moins est-ce conten­te­ment à mon esprit, qu’à per­sonne ne nui­ra cette façon d’écrire, qui n’embrouille pas les cer­veaux de dou­teuse créance, comme font tant d’écrits en la Théo­lo­gie, ne tue et n’estro­pie point les corps humains, comme tant en Méde­cine, et ne ruine point les mai­sons et les biens, comme tant en droit : des trois sortes des­quels la terre est pour le jourd’hui gran­de­ment abu­sée, infec­tée, et rava­gée. Adieu.

Vers leipogrammes, Sedan, 1620,
« Au Lecteur », pp. 3-7
(texte modernisé).





Petit bout de rivage et vrai clapier de terre,

Quoi, ville, restes-tu ?

 


Liens

Le lipogramme

* On peut lire, de Michel Sirvent, « Lettres volées (méta­re­pré­sen­tation et lipo­grammes chez Poe et Perec) », article paru dans la revue Littérature en 1991, publié en ligne sur le site Persée, portail d’édition élec­tronique de revues scienti­fiques en sciences humaines et sociales.

* Sur Persée encore, d’Étienne Wolff, « Les jeux de langage dans l’Anti­quité romaine », article paru dans le Bulletin de l’Asso­ciation Guillaume Budé en 2001.

Liens valides au 07/02/19.



 


En ligne le 17/11/13.
Dernière révision le 29/10/19.