La dispo­sition du préambule et le topos des innombrables
Dernier poème en ligne :
d’Aubigné : Autant que d’abeilles bourdonnent…
 


Topos des
innom­brables :
68 textes
Ovide
~ Autant que de lièvres…
~ Heureux qui peut compter…
~ Autant qu’il y a de coquillages…
~ Autant que de roseaux…
Marulle
~ L’Attique n’a pas tant de miel…
Du Bellay
~ Qui a nombré…
~ Qui a vu les Lis, et les Roses…
~ Comme de fleurs…
Muret
~ Qui en la gaye saison…
Ronsard
~ Ce ne sont qu’haims…
~ Avec les fleurs…
~ Le printemps n’a point tant de fleurs…
Tyard
~ Qui voit (Phébus…
Philieul
~ La mer n’a point… (Canz. 237)
Baïf
~ Ni la mer tant de flots…
Magny
~ De nuit au ciel…
Turrin
~ Et pour néant… (sp)
~ Le mois de Mars…
Gadou
~ Si vous voulez savoir…
Desportes
~ Quel feu par les vents animé…
~ Je l’aime bien…
Saint-Gelais
~ Il n’est point tant…
Goulart
~ Celui qui a…
~ Ainsi que l’œil…
Chantelouve
~ Autant de feuilles vertes…
de Brach
~ Aimée, enfin…
~ Mais qui pourait compter…
Le Loyer
~ Hé, Cruelle, ne veux-tu pas…
Le Saulx
~ Plus qu’on ne voit au ciel… (Th. 76)
~ Si quelqu’un peut nombrer… (Th. 147)
~ Si quelqu’un peut cueillir… (Th. 148)
La Boderie
~ Mais qui dira…
La Jessée
~ Qui nombrera…
~ Je n’égale mes soins…
~ Qu’on nombre l’Ost…
~ Celui compte les feux…
~ Que de grâce, d’attraits…
Blanchon
~ Celui qui nombrerait…
~ Le Roi du jour…
~ À tant de fleurs…
~ Le Printemps gracieux…
~ La rigueur du Tyran…
~ J’aurais plus tôt compté…
J. de Romieu
~ Qui comptera les fleurs…
Du Buys
~ Ton ciel de nuit…
~ Comme on ne compte point…
Birague
~ Qui comptera les fleurs…
Is. Habert
~ Qui voudrait raconter…
~ Autant qu’on voit la nuit…
~ Quand je te veux louer…
Poupo
~ Pour compter les valeurs…
~ Quand je serais mille ans…
Pontaymeri
~ Plutôt je nombrerais…
~ Thétis ne verse pas…
Expilly
~ Autant que l’Océan…
Lasphrise
~ Il n’est point tant d’envie…
~ Plutôt on comptera…
~ La beauté se fait voir…
~ Qui veut nombrer…
Grisel
~ Le rocher endurci…
~ Si vous comptez les flots…
Angot
~ Ni l’Hiver refroidi…
A. de Marquets
~ La terre ne produit…
Maldeghem
~ Tant d’animaux… (Canz. 237)
Cl. Garnier
~ Tant d’Astres clairs…
~ Qui peut nombrer…
d’Aubigné
~ Autant que d’abeilles bourdonnent…
Lope de Vega
~ No tiene tanta miel…

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Commencer par dire les innombrables étoiles du ciel, et les poissons dans la mer, et les fleurs au printemps, et les grains de sable du désert… – accumuler les innombrables avant de commencer à parler : quoi de mieux pour suggérer qu’on a beaucoup à dire, beaucoup d’amour, beaucoup de peine, et qui tient en trois mots.

On peut supposer que ce topos, ce lieu commun des innombrables, est l’un des plus fréquents de la littérature universelle de tous les temps [1]. Associé à la structure accumulative du préambule, qui a pour fonction de retarder l’apparition du sens complet de la phrase, et donc d’en produire l’attente chez le lecteur (la Rhétorique française d’Antoine Fouquelin, seconde édition, 1557, nomme sustentation, et la Rhétorique française de René Bary, 1665, suspension, des procédés qui s’en rapprochent), on le rencontre fréquemment dans la littérature antique gréco-latine et les littératures modernes européennes, en particulier au seizième siècle. […]

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Note

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[1] On peut lire, au format image, une page de Paolo Manuzio (1603) sur l’hyperbole des innombrables, sur le site de l’Université de Mannheim.


Bibliographie

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Vuilleumier, Florence, « Les Amours de Pierre de Ronsard : sources ou modèles d’invention », Ronsard / Les Amours de Cassandre, sous la direction de Michel Simonin, Klincksieck, « Parcours critique », 1997, pp.150-170.



 

Le procédé rhétorique du préambule n’est presque pas répertorié dans les études littéraires françaises, ni dans la tradition, ni dans la modernité. Dans les études germaniques en revanche est pris en compte le priamel, du mot latin præambulum.

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Nouvelle anthologie :

le préambule des impossibles.

Accumuler des impossibilia (du latin) ou adynata (du grec - sing. adynaton) [1], c’est à dire des boule­ver­sements incon­cevables dans l’ordre cosmique ou naturel, en préambule de l’affirmation hyperbolique d’une constance dans la foi amoureuse, ou la foi religieuse, voire dans la haine contre un méchant, est un topos auquel on trouve peu de poètes du seizième siècle qui ne se soient essayés.

Dans quelques-uns des poèmes, le topos des impossibles constitue le propos du poème, ou est employé en supplément du propos, mais dans tous les autres il l’est en préambule.

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En ligne le 28/06/07.
Dernière révision le 05/06/09.


Note

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[1] * on peut lire la définition de l’adynaton selon le Dictionnaire international des termes littéraires.


« Le nombre des neutrinos dans l’univers est si grand
que celui des grains de sable du Sahara
ne suffirait pas à en donner une image. »

J.-F. Augereau et St. Foucart,
"Le neutrino, particule fugace et singulière, tient salon à Paris",
Le Monde, 16 juin 2004.

« Celui qui n’a pas fait ses comptes avec la féminité
n’a pas fait ses comptes avec la nature, ni avec l’univers »
,
propos d’Albert Memmi rapporté par Cath. Simon,
"Albert Memmi, marabout sans tribu", Le Monde, 16 juin 2004.

Dernière révision le 12/02/12.