Accumuler des impossibilia (du latin) ou adynata (du grec – sing. adynaton), c’est à dire des bouleversements inconcevables dans l’ordre cosmique ou naturel, en préambule de l’affirmation hyperbolique d’une constance dans la foi amoureuse, ou la foi religieuse, voire dans la haine contre un méchant, est un topos auquel il est peu de poètes du seizième siècle qui ne se soient essayés.
Dans la liste ci-contre, les poèmes marqués "s.p." (sans préambule) sont les poèmes dans lesquels le topos des impossibles constitue le propos du poème, ou est employé en supplément du propos, quand dans tous les autres il l’est en préambule.
Recension, par Pierre BOYANCÉ,
dans la Revue des Études anciennes,
Bordeaux, Janvier-Mars 1937, p. 281 [gallica,
N0069273_PDF_289], de l’ouvrage
d’E. Dutoit sur l’adynaton :
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Ernest
Dutoit, Le
thème de
l’« adynaton »
dans la poésie antique. Paris, les Belles Lettres,
1936 ; 1 vol. in-8°, xiv-177 pages.
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« On verra les cerfs agiles paître dans l’éther et les mers abandonner les poissons à nu sur le rivage : on verra, après avoir dans leur exil parcouru les terres les uns des autres, les Parthes boire l’eau de la Saône, ou la Germanie boire celle du Tigre, avant que les traits de ce héros s’effacent de notre cœur » (trad. Goelzer). Chacun connaît ces vers de Virgile. On y voit employé un procédé d’expression que M. Dutoit déclare n’être pas une figure de rhétorique à proprement parler, « mais bien plutôt… une forme de langage qui ne se laisse heureusement pas réduire à la notion d’un pur σχημα et qui est quelque chose de plus vivant, de plus varié… ». C’est « le thème de l’adynaton ».
M. Dutoit en suit l’histoire à travers la poésie grecque, puis à travers la poésie latine. Une série d’exemples sont étudiés avec une finesse exacte, qui ne recule pas devant la discussion des sens controversés et qui contribue ainsi heureusement à l’exégèse des passages que la discussion utilise. Et le séjour n’est point sans agrément, en la compagnie de ce guide, dans ce « monde renversé » de l’adynaton.
On constate que la poésie grecque a fait du thème un usage à la fois très restreint et très varié ; il a son origine dans le parler populaire et il reste en Grèce une forme du langage vivant. À Rome, on assiste à une évolution : alors que chez Plaute il revêt une forme très naturelle, l’époque classique lui fait subir une élaboration littéraire très sensible. Ovide aura « le privilège assurément peu enviable d’être le poète de l’adynaton ». […]
En ligne le 28/06/07.
Dernière révision le 24/01/12.