Le topos des impossibles
(adynata)
Dernier poème en ligne :
Salel : D’où vient ceci ?
 


Topos des
ady­nata :
96 poèmes
Virgile
1ersiècle av. J.C. [1473]
~ Ante leves ergo…
Ovide
1ersiècle [1492]
~ In caput alta suum…
Marot
1532
~ Doncques plutôt…
Salel
1540
~ D’où vient ceci ?…
François Habert
1541
~ Recevez donc…
1549
~ Celui qui voir…
~ Plutôt poissons…
Scève
1544
~ Plutôt seront Rhône… (s.p.)
Philieul
1548 [1555]
~ Je n’eus jamais… (Canz. 237) (s.p.)
Tyard
1549
~ Ma Dame alors… (s.p.)
1551
~ Ô, de mon jour…
Du Bellay
1550
~ Me soit amour… (s.p.)
~ Quand la fureur… (s.p.)
1553
~ Plutôt les Cerfs…
Ronsard
1552
~ Plutôt le bal…
~ Que tout partout…
~ Que Gâtine ait…
~ Un grand rocher…
1578
~ Je veux en lieu des cieux…
Des Autels
1553
~ Donc maintenant…
Magny
1553
~ Plutôt la mer…
1557
~ J’ai dit cent fois, Pascal…
~ Doncques il sera vrai… (s.p.)
~ Après avoir, PASCHAL… (s.p.)
Tahureau
1554 [1870]
~ Plutôt le chariot…
Fontaine
1555
~ Plutôt (j’ai dit)…
Baïf
1555
~ À rames voguera…
~ Plus mon désir s’accroît…
~ Tout tel que j’ai été… (s.p.)
La Péruse
1555
~ Cesser, chère Nourrice ?…
Pasquier
1555
~ Plutôt des dieux…
Vauquelin
1555 [1872]
~ Je chasse en mer…
1586 [1872]
~ Ciel, vous êtes cruel !…
Bugnyon
1557
~ Malgré le sort…
La Gravière
1558
~ Trouver le feu…
Buttet
1561
~ Plutôt sera l’aigle en l’onde…
~ Un lourd esprit…
~ Il me souvient… (s.p.)
~ Tu pourras bien…
~ Quand le clair ciel…
Robert Garnier
1568
~ Plutôt, du jour flambant…
1573
~ Si Vénus une fois…
~ Pourquoi pour le péché…
1574
Le temps modère tout…
1579
~ Que bien vrai le chantre sacré…
Belleau
1572
~ Plutôt la terre avortera…
~ Ainsi que les lauriers…
Turrin
1572
~ Je ne voulais jamais…
~ Chênes coulez le miel…
Goulart
1574
~ Quand sans neige…
Chantelouve
1576
~ Plutôt Jupin…
de Brach
1576
~ Mais non, mais non… (s.p.)
Le Saulx
1577
~ Plutôt de l’Univers…
~ Plutôt le ciel voûté…
Du Bartas
1578
~ Et de vrai, si d’un rien…
Hesteau
1578
~ Plutôt on pourra voir…
~ Aime-moi mon Thyrsis…
~ Aussitôt on verra…
Pontoux
1579
~ Plutôt ardra…
Catherine Des Roches
1579
~ Belle plutôt les eaux…
La Jessée
1583
~ Que toutes nos forêts…
~ Plutôt en paix…
~ Les Cerfs légers…
~ Quand l’amitié… (s.p.)
~ Plutôt la terre ingrate…
~ Va cruelle Érinnys…
Cornu
1583
~ Plutôt du ciel astré…
~ Plutôt au ciel astré…
~ Avant que Phelipot…
Jamyn
1584 [1879]
~ L’été sera l’hiver…
Joseph Du Chesne
1584
~ Fais plutôt par la bonté tienne…
~ Que plutôt les Autans…
Du Buys
1585
~ De notre Odet…
Birague
1585
~ Ô cœur triste et pensif…
d’Avost
1587
~ Plutôt le feu serait…
~ La mer n’est pas toujours…
Le Poulchre
1587
~ Ah de qui misérable… (s.p.)
Brisset
1589
~ Moi, méchant, que je touche… (s.p.)
~ Quel nouveau change­ment !… (s.p.)
~ Plutôt, plutôt la mer…
Poupo
1590
~ Mais plutôt les poissons…
Chandieu
1591
~ Quand on arrêtera…
~ Plutôt on pourra faire…
Louven­court
1595
~ Baisers doux, et mignards…
Expilly
1596
~ Avant qu’une autre Dame…
Lasphrise
1597
~ Que nous servent les biens…
~ Plutôt le monde…
~ Je pense­rais plutôt…
~ La Courti­sane…
Grisel
1599
~ Plutôt le ciel voûté…
Montchres­tien
1601
~ Par toi vont commen­cer… (s.p.)
Claude Garnier
1609
~ Devant que l’attrait… (s.p.)
~ Mes ans plus beaux…
~ Est-ce inhu­maine… (s.p.)
~ Plutôt seront les ondes…
~ Ni mont, ni roc…

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Accu­muler des impossi­bilia (du latin) ou ady­nata (du grec – sing. ady­naton), c’est à dire des boule­ver­se­ments incon­ce­vables dans l’ordre cosmique ou natu­rel, en préam­bule de l’affir­ma­tion hyper­bo­lique d’une constance dans la foi amou­reuse, ou la foi reli­gieuse, voire dans la haine contre un méchant, est un topos auquel il est peu de poètes du seizième siècle qui ne se soient essayés.

Dans la liste ci-contre, les poèmes marqués "s.p." (sans préam­bule) sont les poèmes dans lesquels le topos des impos­sibles consti­tue le propos du poème, ou est employé en supplé­ment du propos, quand dans tous les autres il l’est en préambule.

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Recension, par Pierre BOYANCÉ, dans la Revue des Études anciennes, Bordeaux, Janvier-Mars 1937, p. 281 [gallica, NUMM-69273, PDF_289], de l’ouvrage d’E. Dutoit sur l’ady­naton :
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Ernest Dutoit, Le thème de l’« ady­naton » dans la poésie antique. Paris, les Belles Lettres, 1936, 1 vol. in-8°, xiv-177 pages.

« On verra les cerfs agiles paître dans l’éther et les mers aban­don­ner les poissons à nu sur le rivage : on verra, après avoir dans leur exil parcouru les terres les uns des autres, les Parthes boire l’eau de la Saône, ou la Germa­nie boire celle du Tigre, avant que les traits de ce héros s’effacent de notre cœur » (trad. Goelzer). Chacun connaît ces vers de Virgile. On y voit employé un procé­dé d’expres­sion que M. Dutoit déclare n’être pas une figure de rhéto­rique à proprement parler, « mais bien plutôt… une forme de langage qui ne se laisse heureu­se­ment pas réduire à la notion d’un pur σχημα et qui est quelque chose de plus vivant, de plus varié… ». C’est « le thème de l’ady­naton ».

M. Dutoit en suit l’histoire à travers la poésie grecque, puis à travers la poésie latine. Une série d’exemples sont étudiés avec une finesse exacte, qui ne recule pas devant la discussion des sens contro­ver­sés et qui contri­bue ainsi heureu­se­ment à l’exé­gèse des passages que la discus­sion uti­lise. Et le séjour n’est point sans agrément, en la compagnie de ce guide, dans ce « monde renversé » de l’ady­naton.

On constate que la poésie grecque a fait du thème un usage à la fois très restreint et très varié ; il a son origine dans le parler popu­laire et il reste en Grèce une forme du langage vivant. À Rome, on assiste à une évo­lution : alors que chez Plaute il revêt une forme très natu­relle, l’époque classique lui fait subir une éla­bo­ration litté­raire très sensible. Ovide aura « le privi­lège assu­ré­ment peu enviable d’être le poète de l’ady­naton ». […]

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«Tant qu’il restera sur cette Terre un seul homme vaquant à autre chose qu’à la lecture de son nouveau livre, il sera mécontent. Tant que les fleurs, brusquant le cours de l’évo­lution, ne se doteront pas de deux yeux ardents pour le lire, tant que les feuilles des arbres ne seront pas ses pages, il sera vert. Tant que le per­ro­quet ne réci­te­ra pas ses poèmes, tant que le ruis­seau ne mur­mu­re­ra pas ses mots et que la carpe, sor­tant de ce mutisme vexant, ne les cla­me­ra pas à son tour de rive en rive, il s’esti­me­ra floué, incom­pris, mal-aimé, injus­te­ment traité, hon­teu­se­ment méses­ti­mé. L’écri­vain serait-il cet éter­nel insa­tis­fait ? Il s’en trouve, on en connaît.»
Eric Chevillard, « Tristesse de l’invendu »,
Le Monde, vendredi 14 octobre 2016.

En ligne le 28/06/07.
Dernière révision le 16/11/20.