MIlle fiate o dolce mia guerrera
per auer co begliocchi uostri pace
uaggio proferto il cor ma uoi non piace
mirar si basso colamente altera
& se di lui forsaltra donna spera
uiue in speranza debile & fallace
mio per che sdegno cio cha uoi dispiace
esser non puo giamai cosi comera
O r sio lo scaccio
& ei
non troua in uoi
nel exilio in felice alcun soccorso
ne sa star sol ne gire oualtri il chiama
porria smarrire il suo natural corso
che graue colpa fia dambeduo noi
& tanto piu de uoi quanto piu uama
Ia
mille fois, doulce mienne
guerriere,
Pour auoir
paix, i’ay
osé hazarder
De uous offrir mon
cueur :
mais l’ame fiere
En si bas lieu ne daigne
regarder.
Si
autre dame en luy uouloit fonder
Quelque
esperance,
en uain prendroit esmoy:
Plus,
quant à moy, ie
ne le ueux garder,
Car ce
qu’à
uous est fascheux,
l’est
à moy.
Si
donc de tous est ainsi
dechassé,
Et si
d’exil
ne trouue en uous secours,
(Ne seul peult
estre, &
tout autre ha laissé)
Il
pourroit bien perdre son propre cours:
Ce que seroit un trop grand
peché nostre,
Et d’autant
plus de uous, ueu
qu’il
est uostre.
Cent mile fois,
& en cent mile lieux
Vous rencontrant,
ô ma doulce guerriere!
Le pié tremblant me retirɇ en arriere
Pour auoir paix auecques voz beaulx yeulx.
Mais ie ne puis,
& ne pouroient les Dieux
Frener le cours de ma volonté fiere.
Si ie le puis, la superbe
riuiere
Fera le sien monter iusques aux cieulx.
Que te sert donq’
eloingner le vainqueur
O toy mon œil !
si au milieu du coeur
Ie sen’ le
fer, dont il fault que ie
meure?
Ainsi le cerf par la plainɇ
elancé
Euite l’arc
meurtrier, qui
l’a
blessé,
Mais non le traict, qui
tousiours luy demeure.
Bien mille
fois, ô ma douce
Guerriere,
I’ay
hazardé mon esprit
& mon cueur,
Pour en mon nom uous faire
priere
Telle que doit un pauure
seruiteur:
Mais
estonné de la douce fureur
De qui souuent
i’auoy’ receu la
flâme,
Las! ie perdoy &
mon cueur & mon ame
Insuffisans
d’aborder la
grandeur
Et la beauté
d’une si
belle Dame.
[…]
MIllefois
pour auoir,
ô ma douce guerriere,
Paix auec voz beaux yeux,
à vostre obeissance
I’ay mon
cœur presenté,
mais si haute excellence
Ne veut si bas mander sa
pensee trop fiere.
Et aussi si quelque autre y esperoit
legere
Et trompeuse seroit toute son esperance:
Car desdaignant tout ce qui vous est de
nuisance,
Estre sien il ne peut comme à
l’heure premiere.
Or si ie l’abandoñe
& de vous nullemẽt
Il n’a en son
exil quelque soulagement
A autruy il ne peut estre ni à soymesme.
Dont son cours naturel prendra
desuoyement,
Et vous & moy la coulpe en aurons seulement,
Mais tant plus grande vous quand de plus il vous aime.
I’ay
mille fois le coeur te presenté pour grace
(O ma douce
guerriere)
& ma paix obtenir,
Auecque tes beaux yeux,
mais à toy conuenir
Il ne semble, si bas que
ton fier oeil,
s’attache.
Et si (peut
estre) en luy dame
autre espere place,
Elle ne fait qu’en
vain d’espoir
s’entretenir:
Il ne peut comme ia mien estre à
l’aduenir,
Car ce qui ne te plait,
celá aussi me fache.
Si ie le chasse,
& qu’il
ne trouue aucun secours
A toy en son exil, ny scait
estre tousiours
Seul, ny se transporter ou
quelque autre le mande,
Sa nature pourroit faillir du chemin
droit,
Dont trop de coulpe à toy & à moy on
donroit,
Et plus à toy vers qui il porte amour si grande.
son cœur, rejeté de laure, n’a plus qu’à périr.
Mille fois, ô ma douce adversaire, pour avoir la paix avec vos beaux yeux, je vous ai offert mon cœur ; mais il ne vous plaît pas, avec votre esprit altier, de regarder en un lieu si bas.
Et si par hasard quelque autre dame fonde en lui des espérances, elle vit dans une bien précaire illusion : je dédaigne trop ce qui a pu vous déplaire, pour qu’il me revienne jamais tel qu’il était.
Maintenant si je le chasse, et qu’il ne trouve en vous aucun secours dans ce malheureux exil, comme il ne sait ni rester seul, ni aller où d’autres l’appellent,
Il pourra bien se dérober à son cours naturel, ce qui sera un grave sujet de blâme pour nous deux, et d’autant plus grand pour vous que je vous aime davantage.
Ia
mille fois, doulce mienne
guerriere,
Pour auoir
paix, i’ay
osé hazarder
De uous offrir mon
cueur :
mais l’ame fiere
En si bas lieu ne daigne
regarder.
Si
autre dame en luy uouloit fonder
Quelque
esperance,
en uain prendroit esmoy:
Plus,
quant à moy, ie
ne le ueux garder,
Car ce
qu’à
uous est fascheux,
l’est
à moy.
Si
donc de tous est ainsi
dechassé,
Et si
d’exil
ne trouue en uous secours,
(Ne seul peult
estre, &
tout autre ha laissé)
Il
pourroit bien perdre son propre cours:
Ce que seroit un trop grand
peché nostre,
Et d’autant
plus de uous, ueu
qu’il
est uostre.
Cent mile fois,
& en cent mile lieux
Vous rencontrant,
ô ma doulce guerriere!
Le pié tremblant me retirɇ en arriere
Pour auoir paix auecques voz beaulx yeulx.
Mais ie ne puis,
& ne pouroient les Dieux
Frener le cours de ma volonté fiere.
Si ie le puis, la superbe
riuiere
Fera le sien monter iusques aux cieulx.
Que te sert donq’
eloingner le vainqueur
O toy mon œil !
si au milieu du coeur
Ie sen’ le
fer, dont il fault que ie
meure?
Ainsi le cerf par la plainɇ
elancé
Euite l’arc
meurtrier, qui
l’a
blessé,
Mais non le traict, qui
tousiours luy demeure.
Bien mille
fois, ô ma douce
Guerriere,
I’ay
hazardé mon esprit
& mon cueur,
Pour en mon nom uous faire
priere
Telle que doit un pauure
seruiteur:
Mais
estonné de la douce fureur
De qui souuent
i’auoy’ receu la
flâme,
Las! ie perdoy &
mon cueur & mon ame
Insuffisans
d’aborder la
grandeur
Et la beauté
d’une si
belle Dame.
[…]
MIllefois
pour auoir,
ô ma douce guerriere,
Paix auec voz beaux yeux,
à vostre obeissance
I’ay mon
cœur presenté,
mais si haute excellence
Ne veut si bas mander sa
pensee trop fiere.
Et aussi si quelque autre y esperoit
legere
Et trompeuse seroit toute son esperance:
Car desdaignant tout ce qui vous est de
nuisance,
Estre sien il ne peut comme à
l’heure premiere.
Or si ie l’abandoñe
& de vous nullemẽt
Il n’a en son
exil quelque soulagement
A autruy il ne peut estre ni à soymesme.
Dont son cours naturel prendra
desuoyement,
Et vous & moy la coulpe en aurons seulement,
Mais tant plus grande vous quand de plus il vous aime.
I’ay
mille fois le coeur te presenté pour grace
(O ma douce
guerriere)
& ma paix obtenir,
Auecque tes beaux yeux,
mais à toy conuenir
Il ne semble, si bas que
ton fier oeil,
s’attache.
Et si (peut
estre) en luy dame
autre espere place,
Elle ne fait qu’en
vain d’espoir
s’entretenir:
Il ne peut comme ia mien estre à
l’aduenir,
Car ce qui ne te plait,
celá aussi me fache.
Si ie le chasse,
& qu’il
ne trouue aucun secours
A toy en son exil, ny scait
estre tousiours
Seul, ny se transporter ou
quelque autre le mande,
Sa nature pourroit faillir du chemin
droit,
Dont trop de coulpe à toy & à moy on
donroit,
Et plus à toy vers qui il porte amour si grande.
son cœur, rejeté de laure, n’a plus qu’à périr.
Mille fois, ô ma douce adversaire, pour avoir la paix avec vos beaux yeux, je vous ai offert mon cœur ; mais il ne vous plaît pas, avec votre esprit altier, de regarder en un lieu si bas.
Et si par hasard quelque autre dame fonde en lui des espérances, elle vit dans une bien précaire illusion : je dédaigne trop ce qui a pu vous déplaire, pour qu’il me revienne jamais tel qu’il était.
Maintenant si je le chasse, et qu’il ne trouve en vous aucun secours dans ce malheureux exil, comme il ne sait ni rester seul, ni aller où d’autres l’appellent,
Il pourra bien se dérober à son cours naturel, ce qui sera un grave sujet de blâme pour nous deux, et d’autant plus grand pour vous que je vous aime davantage.
textes
modernisés
[R]
En ligne le
06/10/26.
Dernière révision le 06/10/26.