Francesco PETRARCA (1304-1374)
Lyon, Jean de Tournes, 1545, I, XIX, p. 20 [←Gallica].

Mille fiate, o dolce mia guerrera,
Per hauer co begl’occhi vostri pace,
V’haggio proferto il cor: m’a voi non piace
Mirar si basso con la mente altera.

E se da lui fors’altra donna spera,
Viue in speranza debile, e fallace:
Mio, perche sdegno cio, ch’a voi dispiace,
Eſſer non pò giamai, cosi, com’era.

Hor s’io lo scaccio, & ê non troua in voi
Ne l’exilio infelice alcun soccorso,
Ne sa star sol, ne gire, ou’altr’il chiama.

Porria smarrire il suo natural corso,
Che graue colpa fia d’ambeduo noi,
E tanto piu di voi, quanto piu v’ama.

Avignon, B. Bonhomme, 1555, I, XIX, p. 23 [←Gallica].

Jà mille fois, douce mienne guerrière,
Pour avoir paix, j’ai osé hasarder
De vous offrir mon cœur : mais l’âme fière
En si bas lieu ne daigne regarder.

Si autre dame en lui voulait fonder
Quelque espérance, en vain prendrait émoi :
Plus, quant à moi, je ne le veux garder,
Car ce qu’à vous est fâcheux, l’est à moi.

Si donc de tous est ainsi déchassé,
Et si d’exil ne trouve en vous secours,
(Ni seul peut être, et tout autre a laissé)

Il pourrait bien perdre son propre cours :
Ce que serait un trop grand péché nôtre,
Et d’autant plus de vous, vu qu’il est vôtre.

Paris, G. Corrozet & A. L’Angelier, 1550, LXX, f° D2v° [←Gallica].

Cent mille fois, et en cent mille lieux
Vous rencontrant, ô ma douce guerrière !
Le pied tremblant me retire en arrière
Pour avoir paix avecque vos beaux yeux.

Mais je ne puis, et ne pourraient les Dieux
Freiner le cours de ma volonté fière.
Si je le puis, la superbe rivière
Fera le sien monter jusques aux cieux.

Que te sert donc éloigner le vainqueur
Ô toi mon œil ! si au milieu du cœur
Je sens le fer, dont il faut que je meure ?

Ainsi le cerf par la plaine élancé
Évite l’arc meurtrier, qui l’a blessé,
Mais non le trait, qui toujours lui demeure.

L’Olimpe, Les Jeux olympiques,
Paris, Robert Estienne, 1560, Olympiens, 1, p. 77 [←Gallica].

Bien mille fois, ô ma douce Guerrière,
J’ai hasardé mon esprit et mon cœur,
Pour en mon nom vous faire la prière
Telle que doit un pauvre serviteur :

Mais étonné de la douce fureur
De qui souvent j’avais reçu la flamme,
Las ! je perdais et mon cœur et mon âme

Insuffisant d’aborder la grandeur
Et la beauté d’une si belle Dame.

[…]

Lettres amoureuses, Septante Sonnets de Pétrarque,
Lyon, P. Frellon et A. Cloquemin, 1595, 21, p. 244 [←Gallica].

MIlle fois pour avoir, ô ma douce guerrière,
Paix avec vos beaux yeux, à votre obéissance
J’ai mon cœur présenté, mais si haute excellence
Ne veut si bas mander sa pensée trop fière.

Et aussi si quelque autre y espérait légère
Et trompeuse serait toute son espérance :
Car dédaignant tout ce qui vous est de nuisance,
Être sien il ne peut comme à l’heure première.

Or si je l’abandonne et de vous nullement
Il n’a en son exil quelque soulagement
À autrui il ne peut être ni à soi-même.

Dont son cours naturel prendra dévoyement,
Et vous et moi la coulpe en aurons seulement,
Mais tant plus grande vous quand de plus il vous aime.

Douai, François Fabry, 1606, XIX, pp. 37-38 [←Gallica].

J’ai mille fois le cœur te présenté pour grâce
(Ô ma douce guerrière) et ma paix obtenir,
Avecque tes beaux yeux, mais à toi convenir
Il ne semble, si bas que ton fier œil, s’attache.

Et si (peut-être) en lui dame autre espère place,
Elle ne fait qu’en vain d’espoir s’entretenir :
Il ne peut comme jà mien être à l’avenir,
Car ce qui ne te plaît, cela aussi me fâche.

Si je le chasse, et qu’il ne trouve aucun secours
À toi en son exil, ni sait être toujours
Seul, ni se transporter où quelque autre le mande,

Sa nature pourrait faillir du chemin droit,
Dont trop de coulpe à toi et à moi on don’rait,
Et plus à toi vers qui il porte amour si grande.

Gramont, Mille fois… (1842)   ↓   ↑   ⇑  →t.o.
Poésies de Pétrarque, « Du vivant de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet XIX, p. 13 [←Gallica].

son cœur, rejeté de laure, n’a plus qu’à périr.

Mille fois, ô ma douce adver­saire, pour avoir la paix avec vos beaux yeux, je vous ai offert mon cœur ; mais il ne vous plaît pas, avec votre esprit al­tier, de re­gar­der en un lieu si bas.

Et si par hasard quelque autre dame fonde en lui des espé­rances, elle vit dans une bien pré­caire illu­sion : je dé­daigne trop ce qui a pu vous dé­plaire, pour qu’il me re­vienne ja­mais tel qu’il était.

Maintenant si je le chasse, et qu’il ne trouve en vous au­cun se­cours dans ce mal­heu­reux exil, comme il ne sait ni res­ter seul, ni aller où d’autres l’ap­pellent,

Il pourra bien se dé­ro­ber à son cours na­tu­rel, ce qui se­ra un grave su­jet de blâme pour nous deux, et d’au­tant plus grand pour vous que je vous aime da­van­tage.

























Avignon, B. Bonhomme, 1555, I, XIX, p. 23 [←Gallica].

Jà mille fois, douce mienne guerrière,
Pour avoir paix, j’ai osé hasarder
De vous offrir mon cœur : mais l’âme fière
En si bas lieu ne daigne regarder.

Si autre dame en lui voulait fonder
Quelque espérance, en vain prendrait émoi :
Plus, quant à moi, je ne le veux garder,
Car ce qu’à vous est fâcheux, l’est à moi.

Si donc de tous est ainsi déchassé,
Et si d’exil ne trouve en vous secours,
(Ni seul peut être, et tout autre a laissé)

Il pourrait bien perdre son propre cours :
Ce que serait un trop grand péché nôtre,
Et d’autant plus de vous, vu qu’il est vôtre.

Paris, G. Corrozet & A. L’Angelier, 1550, LXX, f° D2v° [←Gallica].

Cent mille fois, et en cent mille lieux
Vous rencontrant, ô ma douce guerrière !
Le pied tremblant me retire en arrière
Pour avoir paix avecque vos beaux yeux.

Mais je ne puis, et ne pourraient les Dieux
Freiner le cours de ma volonté fière.
Si je le puis, la superbe rivière
Fera le sien monter jusques aux cieux.

Que te sert donc éloigner le vainqueur
Ô toi mon œil ! si au milieu du cœur
Je sens le fer, dont il faut que je meure ?

Ainsi le cerf par la plaine élancé
Évite l’arc meurtrier, qui l’a blessé,
Mais non le trait, qui toujours lui demeure.

←o→
L’Olimpe, Les Jeux olympiques,
Paris, Robert Estienne, 1560, Olympiens, 1, p. 77 [←Gallica].

Bien mille fois, ô ma douce Guerrière,
J’ai hasardé mon esprit et mon cœur,
Pour en mon nom vous faire la prière
Telle que doit un pauvre serviteur :

Mais étonné de la douce fureur
De qui souvent j’avais reçu la flamme,
Las ! je perdais et mon cœur et mon âme

Insuffisant d’aborder la grandeur
Et la beauté d’une si belle Dame.

[…]

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Lettres amoureuses, Septante Sonnets de Pétrarque,
Lyon, P. Frellon et A. Cloquemin, 1595, 21, p. 244 [←Gallica].

MIlle fois pour avoir, ô ma douce guerrière,
Paix avec vos beaux yeux, à votre obéissance
J’ai mon cœur présenté, mais si haute excellence
Ne veut si bas mander sa pensée trop fière.

Et aussi si quelque autre y espérait légère
Et trompeuse serait toute son espérance :
Car dédaignant tout ce qui vous est de nuisance,
Être sien il ne peut comme à l’heure première.

Or si je l’abandonne et de vous nullement
Il n’a en son exil quelque soulagement
À autrui il ne peut être ni à soi-même.

Dont son cours naturel prendra dévoyement,
Et vous et moi la coulpe en aurons seulement,
Mais tant plus grande vous quand de plus il vous aime.

Douai, François Fabry, 1606, XIX, pp. 37-38 [←Gallica].

J’ai mille fois le cœur te présenté pour grâce
(Ô ma douce guerrière) et ma paix obtenir,
Avecque tes beaux yeux, mais à toi convenir
Il ne semble, si bas que ton fier œil, s’attache.

Et si (peut-être) en lui dame autre espère place,
Elle ne fait qu’en vain d’espoir s’entretenir :
Il ne peut comme jà mien être à l’avenir,
Car ce qui ne te plaît, cela aussi me fâche.

Si je le chasse, et qu’il ne trouve aucun secours
À toi en son exil, ni sait être toujours
Seul, ni se transporter où quelque autre le mande,

Sa nature pourrait faillir du chemin droit,
Dont trop de coulpe à toi et à moi on don’rait,
Et plus à toi vers qui il porte amour si grande.

Gramont, Mille fois… (1842)   ↓   ↑   ⇑  ←o→
Poésies de Pétrarque, « Du vivant de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet XIX, p. 13 [←Gallica].

son cœur, rejeté de laure, n’a plus qu’à périr.

Mille fois, ô ma douce adver­saire, pour avoir la paix avec vos beaux yeux, je vous ai offert mon cœur ; mais il ne vous plaît pas, avec votre esprit al­tier, de re­gar­der en un lieu si bas.

Et si par hasard quelque autre dame fonde en lui des espé­rances, elle vit dans une bien pré­caire illu­sion : je dé­daigne trop ce qui a pu vous dé­plaire, pour qu’il me re­vienne ja­mais tel qu’il était.

Maintenant si je le chasse, et qu’il ne trouve en vous au­cun se­cours dans ce mal­heu­reux exil, comme il ne sait ni res­ter seul, ni aller où d’autres l’ap­pellent,

Il pourra bien se dé­ro­ber à son cours na­tu­rel, ce qui se­ra un grave su­jet de blâme pour nous deux, et d’au­tant plus grand pour vous que je vous aime da­van­tage.

























textes modernisés
[R]

 

En ligne le 06/10/26.
Dernière révision le 06/10/26.