Francesco PETRARCA (1304-1374)
Lyon, Jean de Tournes, 1545, I, XLII, p. 54 [←Gallica].

Poco era ad appressarsi a gliocchi miei
La luce, che da lunge gli abbarbaglia:
Che come uide lei cangiar Thessaglia,
Cosi cangiato ogni mia forma haurei:

E sio non posso trasformarmi in lei
Piu, chi mi sia, non cha merce mi uaglia,
Di qual petra piu rigida sintaglia,
Pensoso ne la vista hoggi sarei,

O di Diamante, o dvn bel marmo bianco
Per la paura forse, o dvn Diaspro
Pregiato poi dal vulgo auaro, e sciocco:

E sarei fuor del graue giogo & aspro,
Per cui ho inuidia di quel vecchio stanco,
Che fa con le sue spalle ombra a Marrocco.

Gramont, à peine encore… (1842)   ↓   ↑   ⇑  →t.o.
Poésies de Pétrarque, « Du vivant de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet XLII, p. 40 [←Gallica].

il souffre tant qu’il porte envie aux choses inanimées.

À peine encore se serait rap­pro­chée de mes yeux la lu­mière qui de loin déjà les aveugle, que, comme la Thes­sa­lie la vit elle-même (1) se mé­ta­mor­pho­ser, j’au­rais en­tiè­re­ment chan­gé de forme.

Et si je ne puis me trans­for­mer en elle plus que je ne l’ai fait dé­jà, sans que cela me serve pour obte­nir mer­ci, tout pen­sif, j’au­rais pris au­jour­d’hui l’aspect de quelque pierre, des plus dures que taille le ci­seau ;

Soit du dia­mant ou d’un beau marbre blanc, et qui le serait peut-être à cause de mes ter­reurs, ou bien encore du jaspe, appré­cié alors du vul­gaire avare et stu­pide :

Et je serais dé­li­vré du joug pe­sant et âpre qui me fait por­ter en­vie à ce vieil­lard fa­ti­gué, qui de ses épaules fait une ombre à Ma­roc.

_____

 1  Sa dame [note du tra­duc­teur]. [Laure est asso­ciée à Daph­né pres­sée par Apol­lon et chan­gée en lau­rier en Thes­sa­lie.]

























Gramont, À peine encore… (1842)   ↓   ⇑   ↑  o
Poésies de Pétrarque, « Du vivant de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet XLII, p. 40 [←Gallica].

il souffre tant qu’il porte envie aux choses inanimées.

À peine encore se serait rap­pro­chée de mes yeux la lu­mière qui de loin déjà les aveugle, que, comme la Thes­sa­lie la vit elle-même (1) se mé­ta­mor­pho­ser, j’au­rais en­tiè­re­ment chan­gé de forme.

Et si je ne puis me trans­for­mer en elle plus que je ne l’ai fait dé­jà, sans que cela me serve pour obte­nir mer­ci, tout pen­sif, j’au­rais pris au­jour­d’hui l’aspect de quelque pierre, des plus dures que taille le ci­seau ;

Soit du dia­mant ou d’un beau marbre blanc, et qui le serait peut-être à cause de mes ter­reurs, ou bien encore du jaspe, appré­cié alors du vul­gaire avare et stu­pide :

Et je serais dé­li­vré du joug pe­sant et âpre qui me fait por­ter en­vie à ce vieil­lard fa­ti­gué, qui de ses épaules fait une ombre à Ma­roc.

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 1  Sa dame [note du tra­duc­teur]. [Laure est asso­ciée à Daph­né pres­sée par Apol­lon et chan­gée en lau­rier en Thes­sa­lie.]

F. Brisset, Pour peu que le rayon… (1933)   ↓   ↑   ⇑  →o→
←o
Pétrarque à Laure. Les Sonnets, « À Laure vivante »,
Paris, J.-A. Quereuil, 1933, XXXV, p. 35 [←Gallica].

Pour peu que le rayon qui les éblouissait
De loin se fût un peu rapproché de mes yeux,
J’aurais alors subi quelque métamorphose
Ainsi qu’en Thessalie en éprouva Daphné.

Et si je ne puis pas me transformer en elle
Plus que je ne le suis — sans en avoir merci
J’aurais pu devenir quelque sombre statue
Du rocher le plus dur qui se puisse tailler,

Même de diamant, ou de beau marbre blanc,
Ou de jaspe, et alors le vulgaire effrayé
Avare et sot, viendrait peut-être m’invoquer.

Je serais en tout cas délivré de ce joug
Écrasant qui me fait envier le vieillard (1)
Qui couvre le Maroc de ses sombres épaules.

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 1  Atlas [note du tra­duc­teur].

























textes modernisés
[R]

 

En ligne le 02/06/26.
Dernière révision le 02/06/26.