Mie venture al venir son
tarde, e
pigre,
La speme incerta,
e’l desir
monta, e cresce:
Onde’l
lassar, e
l’aspettar
m’incresce:
E po al partir son piu leui,
che Tigre.
Lasso,
le neui fien tepide, e
nigre,
E’l mar
senz’onda,
e per l’Alpe
ogni Pesce,
E corcherassi’l
Sol là oltre,
ond’esce,
D’vn medesimo
fonte Eufrate, e
Tigre,
Prima,
ch’i troui in cio
pace,
ne tregua,
O Amor, o Madonna
altr’uso
impari,
Che m’hanno
congiurato a torto incontra:
E s’i
hò alcun dolce,
é dopo tanti amari,
Che per disdegno il gusto si dilegua.
Altro mai di lor gratie non m’incontra.
Au
venir sont mes fortunes tardantes,
L’espoir
douteux,
le désir croît et monte :
Dont de
l’attendre, ou
non, j’ai
fâcheux compte,
Puis plus que
Tigre à fuir
sont courantes.
Neiges
seront tièdes et noircissantes,
La mer sans
eau, toute
Orque par monts
prompte,
Et le soleil
se couchera d’où
monte,
D’où
Euphratès
et Tigris sont
issantes,
Avant
que paix ou trêves je rencontre,
Ou que ma
dame, ou amour la me
donnent :
Qui à grand tort
m’ont tous
conjuré contre.
Et
quand un peu de douceur me redonnent,
Tant suis
transi,
que mon goût déjà
passe,
Et autre bien
je n’obtiens de
leur grâce.
Plus
mon désir s’accroît, plus l’espoir
m’est
douteux,
Tant
que j’en
hais l’amour : et si ne puis tant
faire,
Que je n’aime
toujours, faisant tout le
contraire,
De ce que je propose en
moi-même honteux.
Mais
la neige devant prendra noire
couleur,
La mer
sera sans eaux,
les dauphins aux montagnes,
Les daims repaireront aux
marines campagnes,
Le froid
sera l’été, et l’hiver
la chaleur :
Tout
ira au rebours, paravant
que se mue,
Ou Amour
ou Madame envers ma
passion,
Las,
comme aimé-je donc ce qui sans fin me tue !
Hélas
je n’en sais
rien :
si ai-je connaissance,
Qu’amour
pour me nourrir en triste affliction,
Me fait
appréhender une gaie espérance.
Ô cœur triste et
pensif, qui en si
dur
martyre,
Te recuis à feu lent,
en si dur crève-cœur,
Pensant apprivoiser d’une
Tigre le cœur,
Et que d’un
diamant quelque suc on retire.
Plutôt contre Aquilon
animé de grande ire
Ferme résisterait quelque feuillard
vainqueur,
Plutôt tout l’Océan
tarirait sa liqueur,
Plutôt l’aimant
serait plus mol que n’est
la cire :
Que de jamais trouver en ce
cœur aimantin
Un seul trait de pitié,
ainsi veut le destin,
Mon cœur n’y
pense plus,
change mon cœur ta chance.
Encor qu’un
bon Démon l’incitât
à pitié,
Jamais loyer égal à ta ferme amitié
Ne répondrait au tiers de ta longue souffrance.
Mes aventures sont tardives
à venir,
L’espoir est
incertain,
et le désir s’augmente :
L’attendre me
déplaît,
le laisser me tourmente,
Puis le tigre au partir elles vont prévenir.
La neige tiède et noire on
verra devenir,
La mer sèche,
et monter les poissons sur la pente
Alpine, et
Phébus prendre,
où qu’il
sourd, sa
descente,
Et l’Euphrate et
le Tigre à la source
s’unir.
Devant que me soit
paix,
ou la trêve accordée,
Ou que Laure ou amour changent
l’accoutumée
Façon,
qui à tort sont pour me nuire d’accord.
Et si j’ai
aucun miel,
tant de fiel y fait suite,
Que le goût par dédain à
l’instant
prend la suite
De leurs grâces,
je n’ai
jamais autre confort.
l’amour a beaucoup d’amertume et peu de douceur.
Mes beaux jours sont tardifs et paresseux à venir, l’espoir est incertain et le désir monte et s’accroît ; ainsi la fatigue et l’attente me tourmentent également ; et puis elles sont à s’enfuir plus légères que des tigres.
Hélas ! les neiges seront tièdes et noires, et la mer sans onde et les Alpes peuplées de poissons, et le soleil se couchera au-delà des régions où sortent d’une même source l’Euphrate et le Tigre,
Avant que je trouve en cela ni paix ni trêve, ou qu’à d’autres façons obéissent Amour et Madame qui ont injustement conjuré contre moi ;
Et si j’ai quelque douceur, elle vient après tant d’amertume que le goût en est effacé par la colère qui subsiste. Je ne reçois jamais autrement de leurs faveurs.
Au
venir sont mes fortunes tardantes,
L’espoir
douteux,
le désir croît et monte :
Dont de
l’attendre, ou
non, j’ai
fâcheux compte,
Puis plus que
Tigre à fuir
sont courantes.
Neiges
seront tièdes et noircissantes,
La mer sans
eau, toute
Orque par monts
prompte,
Et le soleil
se couchera d’où
monte,
D’où
Euphratès
et Tigris sont
issantes,
Avant
que paix ou trêves je rencontre,
Ou que ma
dame, ou amour la me
donnent :
Qui à grand tort
m’ont tous
conjuré contre.
Et
quand un peu de douceur me redonnent,
Tant suis
transi,
que mon goût déjà
passe,
Et autre bien
je n’obtiens de
leur grâce.
Plus
mon désir s’accroît, plus l’espoir
m’est
douteux,
Tant
que j’en
hais l’amour : et si ne puis tant
faire,
Que je n’aime
toujours, faisant tout le
contraire,
De ce que je propose en
moi-même honteux.
Mais
la neige devant prendra noire
couleur,
La mer
sera sans eaux,
les dauphins aux montagnes,
Les daims repaireront aux
marines campagnes,
Le froid
sera l’été, et l’hiver
la chaleur :
Tout
ira au rebours, paravant
que se mue,
Ou Amour
ou Madame envers ma
passion,
Las,
comme aimé-je donc ce qui sans fin me tue !
Hélas
je n’en sais
rien :
si ai-je connaissance,
Qu’amour
pour me nourrir en triste affliction,
Me fait
appréhender une gaie espérance.
Ô cœur triste et
pensif, qui en si
dur
martyre,
Te recuis à feu lent,
en si dur crève-cœur,
Pensant apprivoiser d’une
Tigre le cœur,
Et que d’un
diamant quelque suc on retire.
Plutôt contre Aquilon
animé de grande ire
Ferme résisterait quelque feuillard
vainqueur,
Plutôt tout l’Océan
tarirait sa liqueur,
Plutôt l’aimant
serait plus mol que n’est
la cire :
Que de jamais trouver en ce
cœur aimantin
Un seul trait de pitié,
ainsi veut le destin,
Mon cœur n’y
pense plus,
change mon cœur ta chance.
Encor qu’un
bon Démon l’incitât
à pitié,
Jamais loyer égal à ta ferme amitié
Ne répondrait au tiers de ta longue souffrance.
Mes aventures sont tardives
à venir,
L’espoir est
incertain,
et le désir s’augmente :
L’attendre me
déplaît,
le laisser me tourmente,
Puis le tigre au partir elles vont prévenir.
La neige tiède et noire on
verra devenir,
La mer sèche,
et monter les poissons sur la pente
Alpine, et
Phébus prendre,
où qu’il
sourd, sa
descente,
Et l’Euphrate et
le Tigre à la source
s’unir.
Devant que me soit
paix,
ou la trêve accordée,
Ou que Laure ou amour changent
l’accoutumée
Façon,
qui à tort sont pour me nuire d’accord.
Et si j’ai
aucun miel,
tant de fiel y fait suite,
Que le goût par dédain à
l’instant
prend la suite
De leurs grâces,
je n’ai
jamais autre confort.
l’amour a beaucoup d’amertume et peu de douceur.
Mes beaux jours sont tardifs et paresseux à venir, l’espoir est incertain et le désir monte et s’accroît ; ainsi la fatigue et l’attente me tourmentent également ; et puis elles sont à s’enfuir plus légères que des tigres.
Hélas ! les neiges seront tièdes et noires, et la mer sans onde et les Alpes peuplées de poissons, et le soleil se couchera au-delà des régions où sortent d’une même source l’Euphrate et le Tigre,
Avant que je trouve en cela ni paix ni trêve, ou qu’à d’autres façons obéissent Amour et Madame qui ont injustement conjuré contre moi ;
Et si j’ai quelque douceur, elle vient après tant d’amertume que le goût en est effacé par la colère qui subsiste. Je ne reçois jamais autrement de leurs faveurs.
Mes bonheurs paresseux sont trop lents
à venir,
Mes espoirs incertains accroissent mes désirs,
Et pendant que j’espère ou que je
désespère
Tout passe et disparaît plus rapide qu’un tigre.
Hélas on pourra voir la
neige chaude et noire,
L’océan sans ses flots, les poissons sur les Alpes,
Le soleil remonter vers les lieux d’où
s’écoulent,
D’une source commune, et l’Euphrate et le Tigre.
Avant que le repos et la paix me
reviennent,
Ou qu’Amour et ma Dame agissent autrement,
Car ils sont contre moi ligués cruellement.
Puis, si j’ai quelque joie
après tant de douleurs,
C’est quand je ne puis plus, hélas, la savourer ;
Je n’ai jamais reçu que de telles faveurs.
textes
modernisés
[R]
En ligne le
07/03/26.
Dernière révision le 07/03/26.