Francesco PETRARCA (1304-1374)
Venise, Vindelinus de Spira, 1470, f° 25r° [←Gallica].

MIe uenture aluenir son tarde & pigre

la speme incerta el desir monta & cresce
onde el lassare & laspectar mincresce
& poi alpartir son piu leui che Tigre
lasso leneui fien tepide & nigre
el mar senzonda & per lalpe ogni pesce
& corcherassi ilsol la oltre onde esce
dun medesimo fonte eufrate & tigre

P rima chi truoui incio pace ne triegua
o amore o madonna altro uso impari
che manno congiurato atorto in contra
& sio alchun dolce e dopo tanti amari
che per disdegno il gusto si dilegua
altro mai dilor gratie non mincontra

Avignon, B. Bonhomme, 1555, I, CII, p. 111 [←Gallica].

Au uenir sont mes fortunes tardantes,
L’espoir doubteux, le desir croist & monte:
Dont de lattendre, ou non, iay fascheux compte,
Puis plus que Tygre à fuir sont courantes.

Neiges seront tiedes & noircissantes,
La mer sans eau, toute Orque par montz prompte,
Et le soleil se couchera dou monte,
Dou Euphrates & Tygris sont issantes,

Auant que paix ou trefues ie rencontre,
Ou que ma dame, ou amour la me donnent:
Qui à grand tort mont tous coniuré contre.

Et quand un peu de doulceur me redonnent,
Tant suis transi, que mon goust desia passe,
Et aultre bien ie nobtiens de leur grace.

Paris, André Wechel, 1555, livre II, f° 53v° [←Gallica].

Plus mon desir sacroit, plus lespoir mest douteux,
Tant que ien hai lamour: & si ne puis tant faire,
Que ie naime touiours, faisant tout le contraire,
De ce que ie propose en moi mesme honteux.

Mais la neige deuant prendra noire couleur,
La mer sera sans eaux, les daufins aux montagnes,
Les deins repaireront aux marines campagnes,
Le froid sera lesté, & liuer la chaleur:

Tout ira au rebours, parauant que se muë,
Ou Amour ou Madame enuers ma passion,
Las, comme aimé-ie donc ce qui sans fin me tuë!

Helas ie nen sai rien: si ai-ie conoissance,
Quamour pour me nourrir en triste aflixion,
Me fait aprehender une gaie esperance.

Les premières Œuvres poétiques, Premières Amours,
Paris, Thomas Perier, 1585, sonnet XCV, f° 34v° [←Gallica].

O cueur triste & pensif, qui en si dur martyre,
Te recuis à feulent, en si dur creuecueur,
Pensant appriuoiser dvne Tigre le cueur,
Et que dvn diamant quelque suc on retire.

Plustost contre Aquilon animé de grandire
Ferme resisteroit quelque feuillar vainqueur,
Plustost tout lOcean tariroit sa liqueur,
Plustost laimant seroit plus mol que nest la cire:

Que de iamais trouuer en ce cueur aimantin
Vn seul trait de pitié, ainsi veut le destin,
Mon cueur ny pense plus, change mon cueur ta chance.

Encor quvn bon Demon lincitast à pitié,
Iamais loyer égal à ta ferme amitié
Ne respondroit au tiers de ta longue souffrance.

Le Pétrarque en rime française, « Durant la vie de Laure »,
Douay, François Fabry, 1606, XLIV, p. 96 [←Gallica].

Mes aduentures sont tardiues à venir,
Lespoir est incertain, & le desir saugmente:
Lattendre me deplait, le laisser me tormente,
Puis le tygre au partir elles vont preuenir.

La neige tiede & noire on voirra deuenir,
La mer seche, & monter les poissons sur la pente
Alpine, & Phoebus prendre, ou quil sourd, sa descente,
Et lEuphrate & le Tigre à la source svnir.

Deuant que me soit paix, ou la treue accordée,
Ou que Laure ou amour changent laccoustumée
Façon, qui a tort sont pour me nuire daccord.

Et si iay aucun miel, tant de fiel y fait suite,
Que le goust par dedain a linstant prend la suite
De leurs graces, ie nay iamais autre confort.

Gramont, Mes beaux jours… (1842)   ↓   ↑   ⇑  →t.m.
Poésies de Pétrarque, « Du vivant de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet XLIV, p. 45 [←Gallica].

l’amour a beaucoup d’amertume et peu de douceur.

Mes beaux jours sont tar­difs et pa­res­seux à ve­nir, l’espoir est incer­tain et le dé­sir monte et s’accroît ; ain­si la fa­tigue et l’attente me tour­mentent éga­le­ment ; et puis elles sont à s’en­fuir plus lé­gères que des tigres.

Hélas ! les neiges se­ront tièdes et noires, et la mer sans onde et les Alpes peu­plées de pois­sons, et le so­leil se cou­che­ra au-delà des ré­gions où sortent d’une même source l’Eu­phrate et le Tigre,

Avant que je trouve en ce­la ni paix ni trêve, ou qu’à d’autres fa­çons obéissent Amour et Ma­dame qui ont in­jus­te­ment con­ju­ré contre moi ;

Et si j’ai quelque dou­ceur, elle vient après tant d’amer­tume que le goût en est effa­cé par la co­lère qui sub­siste. Je ne reçois ja­mais autre­ment de leurs fa­veurs.

























Philieul, Au venir sont… (1548) [1555]   ↓   ⇑   ↑  →t.m.
Avignon, B. Bonhomme, 1555, I, CII, p. 111 [←Gallica].

Au uenir sont mes fortunes tardantes,
L’espoir doubteux, le desir croist & monte:
Dont de lattendre, ou non, iay fascheux compte,
Puis plus que Tygre à fuir sont courantes.

Neiges seront tiedes & noircissantes,
La mer sans eau, toute Orque par montz prompte,
Et le soleil se couchera dou monte,
Dou Euphrates & Tygris sont issantes,

Auant que paix ou trefues ie rencontre,
Ou que ma dame, ou amour la me donnent:
Qui à grand tort mont tous coniuré contre.

Et quand un peu de doulceur me redonnent,
Tant suis transi, que mon goust desia passe,
Et aultre bien ie nobtiens de leur grace.

Paris, André Wechel, 1555, livre II, f° 53v° [←Gallica].

Plus mon desir sacroit, plus lespoir mest douteux,
Tant que ien hai lamour: & si ne puis tant faire,
Que ie naime touiours, faisant tout le contraire,
De ce que ie propose en moi mesme honteux.

Mais la neige deuant prendra noire couleur,
La mer sera sans eaux, les daufins aux montagnes,
Les deins repaireront aux marines campagnes,
Le froid sera lesté, & liuer la chaleur:

Tout ira au rebours, parauant que se muë,
Ou Amour ou Madame enuers ma passion,
Las, comme aimé-ie donc ce qui sans fin me tuë!

Helas ie nen sai rien: si ai-ie conoissance,
Quamour pour me nourrir en triste aflixion,
Me fait aprehender une gaie esperance.

o→
Les premières Œuvres poétiques, Premières Amours,
Paris, Thomas Perier, 1585, sonnet XCV, f° 34v° [←Gallica].

O cueur triste & pensif, qui en si dur martyre,
Te recuis à feulent, en si dur creuecueur,
Pensant appriuoiser dvne Tigre le cueur,
Et que dvn diamant quelque suc on retire.

Plustost contre Aquilon animé de grandire
Ferme resisteroit quelque feuillar vainqueur,
Plustost tout lOcean tariroit sa liqueur,
Plustost laimant seroit plus mol que nest la cire:

Que de iamais trouuer en ce cueur aimantin
Vn seul trait de pitié, ainsi veut le destin,
Mon cueur ny pense plus, change mon cueur ta chance.

Encor quvn bon Demon lincitast à pitié,
Iamais loyer égal à ta ferme amitié
Ne respondroit au tiers de ta longue souffrance.

Douay, François Fabry, 1606, XLIV, p. 96 [←Gallica].

Mes aduentures sont tardiues à venir,
Lespoir est incertain, & le desir saugmente:
Lattendre me deplait, le laisser me tormente,
Puis le tygre au partir elles vont preuenir.

La neige tiede & noire on voirra deuenir,
La mer seche, & monter les poissons sur la pente
Alpine, & Phoebus prendre, ou quil sourd, sa descente,
Et lEuphrate & le Tigre à la source svnir.

Deuant que me soit paix, ou la treue accordée,
Ou que Laure ou amour changent laccoustumée
Façon, qui a tort sont pour me nuire daccord.

Et si iay aucun miel, tant de fiel y fait suite,
Que le goust par dedain a linstant prend la suite
De leurs graces, ie nay iamais autre confort.

Gramont, Mes beaux jours… (1842)   ↓   ↑   ⇑ o
Poésies de Pétrarque, « Du vivant de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet XLIV, p. 45 [←Gallica].

l’amour a beaucoup d’amertume et peu de douceur.

Mes beaux jours sont tar­difs et pa­res­seux à ve­nir, l’espoir est incer­tain et le dé­sir monte et s’accroît ; ain­si la fa­tigue et l’attente me tour­mentent éga­le­ment ; et puis elles sont à s’en­fuir plus lé­gères que des tigres.

Hélas ! les neiges se­ront tièdes et noires, et la mer sans onde et les Alpes peu­plées de pois­sons, et le so­leil se cou­che­ra au-delà des ré­gions où sortent d’une même source l’Eu­phrate et le Tigre,

Avant que je trouve en ce­la ni paix ni trêve, ou qu’à d’autres fa­çons obéissent Amour et Ma­dame qui ont in­jus­te­ment con­ju­ré contre moi ;

Et si j’ai quelque dou­ceur, elle vient après tant d’amer­tume que le goût en est effa­cé par la co­lère qui sub­siste. Je ne reçois ja­mais autre­ment de leurs fa­veurs.

F. Brisset, Mes bonheurs paresseux… (1933)   ↓   ↑   ⇑ →o→
Pétrarque à Laure. Les Sonnets, « À Laure vivante »,
Paris, J.-A. Quereuil, 1933, XXXVII, p. 37 [←Gallica].

Mes bonheurs paresseux sont trop lents à venir,
Mes espoirs incertains accroissent mes désirs,
Et pendant que j’espère ou que je désespère
Tout passe et disparaît plus rapide qu’un tigre.

Hélas on pourra voir la neige chaude et noire,
L’océan sans ses flots, les poissons sur les Alpes,
Le soleil remonter vers les lieux d’où s’écoulent,
D’une source commune, et l’Euphrate et le Tigre.

Avant que le repos et la paix me reviennent,
Ou qu’Amour et ma Dame agissent autrement,
Car ils sont contre moi ligués cruellement.

Puis, si j’ai quelque joie après tant de douleurs,
C’est quand je ne puis plus, hélas, la savourer ;
Je n’ai jamais reçu que de telles faveurs.

























textes modernisés
[R]

 

En ligne le 07/03/26.
Dernière révision le 07/03/26.