SAmor non e che dunque e quel chio sento?
ma seglie amor per dio che cosa o
quale?
se bona onde leffecto aspro & mortale?
Se ria onde si dolce ogni tormento?
samia uoglia ardo ondel pianto & lamento
samal mio grado illamentar che uale
o uiua morte o dilectoso male
come poi tanto inme sio nol consento
E t siol consento agran torto
mi doglio
fra si contrarii uenti in fragil barca
mi trouo in alto mar senza gouerno
si lieue di sauer derror si carca
chio medesmo non so quel chio mi uoglio
& tremo a meza state ardendo il uerno
Que
sens iɇ en moy,
s’amour
ne suis sentant?
Si c’est
amour, quel peut il
estrɇ, & quoy?
Si
bon,
dou uient l’effet
mortel de soy?
Si
non,
dou uient que le mal m’en
plaist tant?
Si
i’ars a
gré,
que uois ie lamentant?
Si a mal
gré,
qu’en uaut le
tristɇ esmoy?
O uiue mort!
doux mal, as tu sus moy
Tant de
pouoir, si
n’y suis
consentant?
Si
i’y
consens, a grand tort ie me
deux:
Sans gouuernail ie me
trouue en mer plaine,
En nef
fragilɇ,
entre uens
si diuers,
De
sauoir uuidɇ, &
d’erreur si fort
pleine.
Que ie ne say moymesme
que ie ueux:
L’esté
ie tremblɇ, &
brulle les hyuers.
SI ce n’est point Amour, qu’est ce donc que ie sens ?
Mais las ! si c’est
amour,
he que chose est-ce,
& quelle ?
Si bonne,
helas ! d’où
vient que sa peine est mortelle !
Si non d’où
le tourment si doux à tous mes sens ?
Si ie brule à mon
gré d’où
les plaintifs accens ?
Si malgré moi ie meurs,
que me sert ma querelle ?
O viue mort ! ô mal plein de ioye immortelle !
Dieux comme puis-ie tant à ce si ne consens ?
Que si i’aprouue
tout,
à tort ie me lamente :
Sans pilote ma nef court parmi la tourmente
Portée en haute mer par des vens la fureur.
Si de scauoir legere,
aussi tôt d’erreur
pleine :
Tant que moi-meme encor ie ne scai qui me
meine,
En esté froid ie suis,
l’hiuer plein de
chaleur.
doutes sur la nature de l’amour.
Si ce n’est pas l’amour, qu’est-ce donc que je sens ? mais si c’est l’amour, pour Dieu, quelle chose est cela ? Si elle est bonne, d’où vient cet effet cruel jusqu’à la mort ? si elle est mauvaise, comment tout ce tourment semble-t-il si doux ?
Si c’est de mon choix que je brûle, pourquoi ces pleurs et ces plaintes ? si c’est malgré moi, à quoi la plainte sert-elle ? Ô vivante mort, ô délicieuse souffrance ! comment as-tu sur moi tant d’empire, si je n’y consens pas ?
Et si j’y consens, c’est à grand tort que je m’afflige. Je me trouve en pleine mer sans gouvernail, et au milieu de vents si ennemis sur une barque fragile,
Si légère de savoir et si chargée d’erreur, que je ne sais moi-même ce que je veux, et je frissonne au milieu de l’été, tandis que je brûle en hiver.
Que
sens iɇ en moy,
s’amour
ne suis sentant?
Si c’est
amour, quel peut il
estrɇ, & quoy?
Si
bon,
dou uient l’effet
mortel de soy?
Si
non,
dou uient que le mal m’en
plaist tant?
Si
i’ars a
gré,
que uois ie lamentant?
Si a mal
gré,
qu’en uaut le
tristɇ esmoy?
O uiue mort!
doux mal, as tu sus moy
Tant de
pouoir, si
n’y suis
consentant?
Si
i’y
consens, a grand tort ie me
deux:
Sans gouuernail ie me
trouue en mer plaine,
En nef
fragilɇ,
entre uens
si diuers,
De
sauoir uuidɇ, &
d’erreur si fort
pleine.
Que ie ne say moymesme
que ie ueux:
L’esté
ie tremblɇ, &
brulle les hyuers.
SI ce n’est point Amour, qu’est ce donc que ie sens ?
Mais las ! si c’est
amour,
he que chose est-ce,
& quelle ?
Si bonne,
helas ! d’où
vient que sa peine est mortelle !
Si non d’où
le tourment si doux à tous mes sens ?
Si ie brule à mon
gré d’où
les plaintifs accens ?
Si malgré moi ie meurs,
que me sert ma querelle ?
O viue mort ! ô mal plein de ioye immortelle !
Dieux comme puis-ie tant à ce si ne consens ?
Que si i’aprouue
tout,
à tort ie me lamente :
Sans pilote ma nef court parmi la tourmente
Portée en haute mer par des vens la fureur.
Si de scauoir legere,
aussi tôt d’erreur
pleine :
Tant que moi-meme encor ie ne scai qui me
meine,
En esté froid ie suis,
l’hiuer plein de
chaleur.
doutes sur la nature de l’amour.
Si ce n’est pas l’amour, qu’est-ce donc que je sens ? mais si c’est l’amour, pour Dieu, quelle chose est cela ? Si elle est bonne, d’où vient cet effet cruel jusqu’à la mort ? si elle est mauvaise, comment tout ce tourment semble-t-il si doux ?
Si c’est de mon choix que je brûle, pourquoi ces pleurs et ces plaintes ? si c’est malgré moi, à quoi la plainte sert-elle ? Ô vivante mort, ô délicieuse souffrance ! comment as-tu sur moi tant d’empire, si je n’y consens pas ?
Et si j’y consens, c’est à grand tort que je m’afflige. Je me trouve en pleine mer sans gouvernail, et au milieu de vents si ennemis sur une barque fragile,
Si légère de savoir et si chargée d’erreur, que je ne sais moi-même ce que je veux, et je frissonne au milieu de l’été, tandis que je brûle en hiver.
Si ce n’est pas
l’amour, qu’est-ce donc que
j’éprouve ?
Si c’est l’amour, par Dieu, quel est ce sentiment ?
Si c’est un bien, pourquoi peut-il être mortel ?
Si c’est un mal, pourquoi se montre-t-il si doux ?
Si je veux mes douleurs, pourquoi
soupirs et larmes ?
Si c’est contre mon gré, pourquoi me lamenter ?
Ce cher mal qui me tue en me laissant vivant
Quel pouvoir a-t-il donc, si je n’y consens pas ?
Si j’y consens, alors
j’ai bien tort de me plaindre.
Dans une barque frêle au milieu de l’orage
Je reste en pleine mer et suis sans gouvernail,
Manquant
d’expérience et désorienté
À tel point que j’ignore hélas, ce
que je veux,
Brûlant en plein hiver, glacé même en
été.
textes
modernisés
[R]
En ligne le
06/04/26.
Dernière révision le 06/04/26.