Étienne PASQUIER
(1529-1615)
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1610 : Non : je ne veux…

Ô langue heureuse

où croît cette faconde,

Ô toi heureuse

et trop heureuse peau

Qui as dans toi

tout le plus beau du monde

 

 
L’abbé GOUJET, 1752
 

ESTIENNE PASQUIER

Étienne Pas­quier vivait encore lorsque pa­rurent les Tra­gé­dies dont je viens de par­ler. Il était né à Paris le 8 de Juin 1529. Desti­né de bonne heure à l’étude de la Juris­pru­dence, il s’y appli­qua, et y réus­sit. Il com­men­ça à fré­quen­ter le Bar­reau au mois de Novembre 1549 et s’y acquit en peu de temps la répu­ta­tion d’un habile Avo­cat. Il plai­da dans plu­sieurs causes im­por­tantes, et fut tou­jours applau­di de ceux qui savaient dis­cer­ner le vrai mérite. Le Roi Hen­ri III infor­mé de sa capa­ci­té le gra­ti­fia de la charge d’Avo­cat Géné­ral de la Chambre des Comptes, qu’il exer­ça avec hon­neur, et qu’il remit quelque temps après à Théo­dore son fils aîné.

Se voyant dans un âge avan­cé, il se reti­ra des affaires pour ne plus s’occu­per que de ses livres, du comm­erce de ses amis, et de celui des Muses qu’il avait tou­jours aimées et culti­vées. Il mourut à Paris le 30 d’Août de l’an 1615 âgé de quatre-vingt six ans, deux mois et vingt-trois jours : c’est la date fixée par un de ses fils, Nico­las Pas­quier, écrite au sieur Pas­quier de Bussi son frère, Audi­teur de la Chambre des Comptes, et Éche­vin de la ville de Paris, dans le quatrième livre de ses Lettres. Étienne Pasquier fut inhu­mé à Saint-Séve­rin dans la Chapelle de Sainte-Barbe. Au mois de juil­let 1609 il avait com­po­sé pour lui-même trois Épi­taphes, dont deux en vers latins, et une en vers fran­çais. Voici la dernière, qui contient un abré­gé de sa vie :

Quel je fus, quel je suis, passant, si tu fais doute,
Arrête-toi un peu en ce lieu, & m’écoute.
Autrefois au Barreau du Palais de Paris
Entre les Avocats étant de quelque prix,
Par un vœu solennel j’ordonnai que ma vie
S’éloignât du mépris, s’éloignât de l’envie.
Voguant entre ces deux, je me mis sur les rangs:
La Cause des petits je pris contre les grands.
Puis d’Avocat du Roi aux Comptes j’eus l’office;
Henry pour mon repos m’élut à son service.
Du gain d’honneur je fus plus que de l’or épris,
Ô sottes vanités dont trompette je suis!
De mon esprit en prose & en vers je fis gloire,
Pour à mon nom braver sur les ans la victoire.
Femme à trente ans je pris, de même âge qu’à moi,
D’elle cinq mâles j’eus, gages de notre foi,
Dont les quatre premiers survéquirent sa vie:
Le cinquième était mort avant pour sa patrie.
Enfin, content de peu, dans ma vieille saison,
J’ai fait une retraite honnête en ma maison.
Octante ans j’ai passés, ores je me repose,
Fort de corps, fort d’esprit: mais las! c’est peu de chose
Tout cela, si toi, Dieu miséricordieux,
Ne loges, ô Seigneur, ma pauvre âme en tes Cieux.

[…] 

Étienne Pasquier était natu­rel­le­ment bien­fai­sant et po­li ; sa conver­sa­tion était agré­able et fa­cile ; ses mœurs étaient douces et son carac­tère en­joué ; mais il a sou­vent por­té trop loin cet enjoue­ment, comme on le voit par plu­sieurs de ses Lettres et de ses Poé­sies tant la­tines que fran­çaises, et par son Mono­phile et ses Col­loques. Nous lui avons obli­ga­tion de nous avoir don­né dans ses Recherches des re­marques im­por­tantes et des éclair­cis­se­ments très curieux sur divers su­jets de l’An­ti­qui­té, et prin­ci­pa­le­ment sur ce qui concerne la France. C’est lui qui nous a fait con­naître dans le sep­tième livre du même ouvrage, l’ori­gine de notre Poé­sie, son accrois­se­ment et la grande vogue où elle fut sous les règnes de Henri II et de ses trois fils, qui mon­tèrent suc­ces­si­ve­ment sur le trône de Saint Louis, et qui hono­rèrent les Poètes de leur estime et de leur pro­tec­tion.

[…] 

L’abbé GOUJET,
Biblio­thèque fran­çaise,
ou Histoire de la Litté­ra­ture fran­çaise,
tome XIV, 1752, pp. 253-256
[Gallica, NUMM-50657, PDF_256_259].




Liens

Éditions en ligne

* Outre les édi­tions en ligne sur Galli­ca, on trouve des textes de Pasquier dans La Puce de Madame Des Roches, « recueil de divers poèmes grecs, latins et fran­çais, com­po­sés par plu­sieurs doctes per­son­nages aux grands jours tenus à Poi­tiers l’an 1579 », en ligne en mode image parmi les nom­breux livres fran­çais du sei­zième siècle de la Collec­tion Douglas Gordon, sur le site Renais­sance in print de la Univer­si­ty of Virgi­nia Libra­ry .




En ligne le 07/07/07.
Dernière révision le 07/11/20.