Joachim BLANCHON (?-?)
Le Printemps gracieux…
Paris, Thomas Périer, 1583.

«««

textes de
Blan­chon

»»»


«««

dispo­si­tion du
pré­am­bule
(strophes 1, 3, 7)

»»»


«««

»»»


«««

propos :
les douleurs
de l’amant

»»»

LE Printemps gracieux, ne donne tant de fleurs,

Ny les Fleurs ne font voir, tant, & tant de couleurs,
Ny d’Estoilles au Ciel sereinement n’abonde,
Ny de gresle en Hyuer, ny de flots dans la Mer,
Que ie souffre en aimant de cruel & d’amer,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Comme le Marinier void son Mas arraché,
Par l’haleine des vents sur le Tilhac couché,
Et à sa triste voix n’entend qui luy responde,
Quand Eure mutiné luy foudroye le corps,
Ie me vois agité & dedans & dehors,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Le Soleil au Taureau n’eslance tant de raiz,
Ny tant d’Oyseaux l’Esté pres de l’Ombrage fraiz
Des Talhis cheuelus, ne vollent à la ronde,
Ny d’orage esclattant n’est battu l’Apennin,
Que le Ciel m’a vomy de rage, & de venin,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Ie m’expose au peril, soit le Iour, soit la Nuit,
Quand la blanche Phœbê, ou quand Phœbus reluit,
Aux cauernes des Ours mesmes, l’hazard ie sonde,
Ny Tygres, ny Lyons, ne m’effrayent de peur,
Deffiant le danger soubz vn adueu trompeur,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Durement enchaisné, au cordage, & aux fers,
Comme les criminelz condamnez aux Enfers,
Nourry d’vn vain espoirferme ie me fonde,
Le courroux, la rigueur, l’ennuy, & le despit,
La flamme, & la fureur ! I’endure sans respit,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Le bruslant Montgibel n’est tant extincellant,
Que mon corps tout en feu, va de feu recellant,
Et mon sein est creuzé d’vne flamme profonde,
Mourant sans me mourir, & viuant sans repos,
Le seul but limité de la fiere Atropos,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

On ne conteroit point tant de feulhes aux Bois,
Ny de formes la hault durant les douze Mois,
Ny aux profondes eaux tant d’areine infeconde,
Que mon cœur & mes sens, sont sans cesse agitez,
Et que de maux diuers ie sens de tous costez,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Sur vne Mer de pleurs ie flotte à l’abandon,
Le cordage abbattu à minuyt sans brandon,
N’attendant que le choc ou ma Nef se confonde,
Triste, & desesperé, sur vn Aés me sean,
Affublé pour ne voir l’horreur de l’Ocean,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Quand tout le Ciel bendé me voudroit empescher,
A ne vous aymer pas, ou ne vous rechercher,
Le Feu, la Terre, l’Air & l’Element de l’Onde,
Les Astres opposez, & le flambeau du iour,
La Nature, & le sort, ie vous suyuray tousiour,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Le destin, la fureur, ny les Cieux irritez,
Ny Bellonne, ny Mars, ny leurs autoritez,
Ne pourront diuertir mon ame pure, & monde,
Ie ne crains point l’esclat d’vn Tonnerre souffreux,
Les Signes despitez ny leurs regardz affreux,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Naisse à chasque moment cent mille cruautez,
Il renaistra dans moy cent mille loyautez,
Esclairé vifuement de vostre estoille blonde,
Flottant à Mas rompu, sur les vagues de l’eau,
Ie ne crains que le vent enfonce mon vaisseau,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

L’aage, la cruauté, ny le temps, ny le sort,
Ny l’effort despité ne pourront faire effort
A ma fidelité qui n’a point de segonde,
I’espere qu’à la fin ie pourray voir le port,
Eschappé doucement du peril de la mort,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Tout ce qu’on sçauroit voir d’extimable Tresor,
Le Diamant, la Perle, ou l’Esmeraude, ou l’or,
Ny ce que peult donner l’Arabie fæconde,
N’esgalle voz Tresors qui se font admirer,
Et me plaist mon trauail constamment endurer,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

L’ardeur que ie nourris ordinaire en mon cœur,
Arrouse mes deux yeux de si douce liqueur,
Bien qu’à tant de souspirs i’aye lasché la bonde,
Que le plus grand plaisir que ie puis estimer,
Et ce qui plus me plaist c’est de me consumer,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

On ne void pas tousiours vn orage cruel,
On ne void pas tousiours vn vent continuel,
On ne void pas tousiours vne Nef vagabonde,
Tant d’inhumaines morts qu’à tout heure i’atten,
Pourront cesser vn iour & ie seray conten,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

On peut cliquer sur certains mots pour voir les épithètes de Maurice de La Porte
 
 

LE Printemps gracieux, ne donne tant de fleurs,

Ny les Fleurs ne font voir, tant, & tant de couleurs,
Ny d’Estoilles au Ciel sereinement n’abonde,
Ny de gresle en Hyuer, ny de flots dans la Mer,
Que ie souffre en aimant de cruel & d’amer,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Comme le Marinier void son Mas arraché,
Par l’haleine des vents sur le Tilhac couché,
Et à sa triste voix n’entend qui luy responde,
Quand Eure mutiné luy foudroye le corps,
Ie me vois agité & dedans & dehors,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Le Soleil au Taureau n’eslance tant de raiz,
Ny tant d’Oyseaux l’Esté pres de l’Ombrage fraiz
Des Talhis cheuelus, ne vollent à la ronde,
Ny d’orage esclattant n’est battu l’Apennin,
Que le Ciel m’a vomy de rage, & de venin,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Ie m’expose au peril, soit le Iour, soit la Nuit,
Quand la blanche Phœbê, ou quand Phœbus reluit,
Aux cauernes des Ours mesmes, l’hazard ie sonde,
Ny Tygres, ny Lyons, ne m’effrayent de peur,
Deffiant le danger soubz vn adueu trompeur,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Durement enchaisné, au cordage, & aux fers,
Comme les criminelz condamnez aux Enfers,
Nourry d’vn vain espoirferme ie me fonde,
Le courroux, la rigueur, l’ennuy, & le despit,
La flamme, & la fureur ! I’endure sans respit,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Le bruslant Montgibel n’est tant extincellant,
Que mon corps tout en feu, va de feu recellant,
Et mon sein est creuzé d’vne flamme profonde,
Mourant sans me mourir, & viuant sans repos,
Le seul but limité de la fiere Atropos,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

On ne conteroit point tant de feulhes aux Bois,
Ny de formes la hault durant les douze Mois,
Ny aux profondes eaux tant d’areine infeconde,
Que mon cœur & mes sens, sont sans cesse agitez,
Et que de maux diuers ie sens de tous costez,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Sur vne Mer de pleurs ie flotte à l’abandon,
Le cordage abbattu à minuyt sans brandon,
N’attendant que le choc ou ma Nef se confonde,
Triste, & desesperé, sur vn Aés me sean,
Affublé pour ne voir l’horreur de l’Ocean,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Quand tout le Ciel bendé me voudroit empescher,
A ne vous aymer pas, ou ne vous rechercher,
Le Feu, la Terre, l’Air & l’Element de l’Onde,
Les Astres opposez, & le flambeau du iour,
La Nature, & le sort, ie vous suyuray tousiour,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Le destin, la fureur, ny les Cieux irritez,
Ny Bellonne, ny Mars, ny leurs autoritez,
Ne pourront diuertir mon ame pure, & monde,
Ie ne crains point l’esclat d’vn Tonnerre souffreux,
Les Signes despitez ny leurs regardz affreux,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Naisse à chasque moment cent mille cruautez,
Il renaistra dans moy cent mille loyautez,
Esclairé vifuement de vostre Estoille blonde,
Flottant à Mas rompu, sur les vagues de l’eau,
Ie ne crains que le vent enfonce mon vaisseau,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

L’aage, la cruauté, ny le temps, ny le sort,
Ny l’effort despité ne pourront faire effort
A ma fidelité qui n’a point de segonde,
I’espere qu’à la fin ie pourray voir le port,
Eschappé doucement du peril de la mort,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

Tout ce qu’on sçauroit voir d’extimable Tresor,
Le Diamant, la Perle, ou l’Esmeraude, ou l’or,
Ny ce que peult donner l’Arabie fæconde,
N’esgalle voz Tresors qui se font admirer,
Et me plaist mon trauail constamment endurer,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

L’ardeur que ie nourris ordinaire en mon cœur,
Arrouse mes deux yeux de si douce liqueur,
Bien qu’a tant de souspirs i’aye lasché la bonde,
Que le plus grand plaisir que ie puis estimer,
Et ce qui plus me plaist c’est de me consumer,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

On ne void pas tousiours vn orage cruel,
On ne void pas tousiours vn vent continuel,
On ne void pas tousiours vne Nef vagabonde,
Tant d’inhumaines morts qu’à tout heure i’atten,
Pourront cesser vn iour & ie seray conten,
Adorant voz beaux yeux la lumiere du monde.

 

En ligne le 16/12/04.
Dernière révision le 26/05/19.